15
oct
09

Marcel Gay : Jeanne d’Arc, l’espionne au service de sa majesté !



Marcel Gay :

.

Un journaliste de l’Est républicain, un chroniqueur judiciaire, un certain Marcel Gay, a re-écrit l’histoire de Jeanne D’Arc…

En effet, Jeanne serait dorénavant d’inspiration “espionne”, Jeanne ne serait pas une paysanne, mais la fille du roi, et se serait transformée en une manipulatrice hors pair, façon James Bond, mais aux services commandés de sa majesté le roi de France, tout ça, dès l’âge de 13 ans  :

Comment ?

“Cette “affaire” Jeanne d’Arc n’est rien d’autre qu’une opération de services secrets conçue par Yolande d’Anjou, la belle-mère du roi, et exécutée de main de maître par une gamine hors du commun, Jeanne”

Du Marcel Gay dans le texte…

Mais pourquoi une telle manipulation ?

Je suis journaliste et je m’intéresse aussi à des sujets d’actualité. Je crois aussi pour être complet, que Jeanne est un sujet d’une grande actualité. Car il s’agit d’une opération de manipulation. Croyez-vous qu’il n’y en a pas de nos jours? Ce livre est donc un livre de journaliste sur un sujet d’histoire qui me permet de décrypter minutieusement l’une des plus grandes manipulations de l’histoire. Ensuite, il suffit de faire des rapprochements avec d’autres affaires, comme les infirmières bulgares, la guerre en Irak, la libération d’Ingrid Betancourt, etc… Et l’on verra qu’il existe un parallèle. Mais pour cela il faut savoir…lire.

Encore du Marcel Gay dans le texte

Hé oui, en gros, l’affaire Jeanne d’Arc, serait une mise en scène diplomatique selon Marcel Gay… Comme si ça ne suffisait pas, cette manipulation des services secrets français de l’époque a un nom  :

La mise en scène s’appelle en fait ” l’opération Bergère “, qui a été conçue dès 1420 et la signature de l’infâme traité de Troyes, comme disent les historiens.

Encore du Marcel Gay dans le texte…

Au final, la question que tout le monde se pose est bien entendu, mais pourquoi nos services secrets de l’époque auraient-ils mené une telle stratégie façon James Bond 007, si tant est que nos services secrets aient existé bien sur, ce qui reste à prouver ?

Je vous le donne en mille… Pour faire peur aux anglais selon Marcel Gay, la stratégie aurait donc été une guerre psychologique, les anglais terrorisés par une enfant de 17 ans d’inspiration divine, auraient donc été pris pour des idiots, de parfaits abrutis, des poltrons, puisque selon Marcel Gay, ils seraient tombés dans le panneau, dans la mesure où peu de temps après, la France a été libérée.

Mais la manipulation ne s’arrête pas à une simple guerre des nerfs gagnée par les français, décidément si géniaux dans l’art de la manipulation, au point de prendre les anglais pour des attardés mentaux, mais nous aurait également conduit…. à…. je vous le donne en mille, à un faux faux procès…

En gros, le grand inquisiteur qui a fait brûler Jeanne D’Arc, aurait été un agent double, travaillant pour la France…

Comment ?

Jeanne n’est pas morte. Je crois qu’il faut regarder de près la scène du bûcher du mercredi 30 mai 1431 d’une part, et d’autre part regarder de près les documents après le bûcher. Donc, la scène du bûcher. La suppliciée qui monte sur le bûcher a le visage “embronché”, nous dit le chroniqueur Perceval de Cagny. C’est-à-dire voilé, caché. Donc, on ne peut pas la reconnaître. Ensuite, il y a 800 hommes d’armes portant glaives et bâtons autour d’elle pour écarter la foule. Donc il ne s’agit pas d’une exécution publique. Enfin, il n’y a pas eu de PV de cette exécution. Autre chose : on trouve des traces de la survie de Jeanne. Elles sont nombreuses.

Encore du Marcel Gay dans le texte..

Les services secrets français auraient donc dupé les anglais, les prenant une énième fois pour des idiots, puisque Jeanne d’Arc ne serait pas morte sur le bûcher, selon Marcel Gay… Elle aurait été protégée, on aurait mis une autre personne à sa place juste avant de se faire brûler…

Qui ??? On ne sait pas, Marcel Gay ne le précise pas, mais de toutes évidences, c’est un mannequin en bois qui est morte à la place de Jeanne d’Arc…

Jeanne D’arc n’a donc pas été brûlée, Marcel Gay en est convaincu…

Cela ne se limite pas à ça… Non seulement Jeanne d’Arc ne serait pas morte, mais en plus de ça, elle aurait eu une vie heureuse, se serait mariée, mais n’aurait pas eu d’enfant…

Cette jeune femme de 17 ans aurait donc pris tout le royaume d’Angleterre pour des débiles mentaux…

Selon Marcel Gay, Jeanne d’Arc, serait un véritable génie de la manipulation, une James Bond Girl à l’envers, car au service du roi de France…

Le plus stupéfiant dans cette histoire, n’est pas ce révisionnisme à deux balles qu’essaye de nous vendre Marcel Gay dans son livre, le plus stupéfiant est sans nul doute, le fait qu’il ait déterré une hache de guerre vieille de 600 ans…

Mais pourquoi a t il re-écrit l’histoire de la pucelle d’Orléans ?

Les comparaisons me semblent très bonnes en ce sens que Jeanne est une légende. J’espère simplement qu’après mon livre et après le film qui sera diffusé sur Arte en février prochain, les historiens réviseront leurs livres.

Encore du Marcel Gay dans le texte…


L’histoire de Jeanne d’Arc, c’est comme celle de Jésus Christ … Elle n’est en rien un mythe ou une invention… Jeanne d’Arc a réellement été à l’origine d’une révolution qui a permis la libération de la France occupée… On a parfaitement le droit de ne pas croire en Dieu, mais de là à re-écrire entièrement l’histoire pour faire passer Jeanne d’Arc pour une manipulatrice, et non une libératrice, et les anglais pour des abrutis, est tout simplement de la manipulation, la voilà la seule manipulation dans cette nouvelle histoire de Jeanne d’Arc, qui, décidément dérange encore, même 600 ans après sa mort…

Jeanne d’Arc a bel et bien été brûlée par un régime collaborationniste… C’est une victime de la barbarie, pas de l’idiotie d’un peuple ou d’un autre, comme le suggère si bien Marcel Gay !

Marcel Gay se prend vraiment au sérieux, à moins qu’il ne se prenne pour Alexandre Dumas, transformant Jeanne en mousquetaire…

20
juin
09

LE PENIS

Si vous êtes tombé sur moi sans me connaître, je vous conseille de lire  le début de “Douceurs équivoques”, le lien est juste à droite de cet article., en dessous d’entrées récentes..

Le pénis :

Afin de mieux comprendre le pénis, posons nous la question : qu’est ce qu’un homme ? Un mammifère, oui, mais certains diront que traiter l’homme de mammifère, c’est le réduire à un vulgaire animal… Qu’est ce qui différencie par conséquent l’homme de l’animal ? Dieu ! L’homme a pris conscience de son existence, oui mais est ce Dieu qui a créé l’homme à son image ou l’inverse ? En l’état actuel de nos connaissances, comme il est impossible de répondre à cette question, revenons en à nos moutons, à savoir le pénis, et pour mieux comprendre la sexualité des mâles humains, observons la sexualité de certains mammifères… La société des éléphants est matriarcale. Si vous croyez en la réincarnation, mieux vaut vous réincarner dans une femelle, que dans un mâle. En effet, une fois sa maturité sexuelle atteinte les mâles sont exclus du troupeau par les femelles… Tous les deux trois ans, les femelles éprouvent le besoin de se reproduire, ainsi, elles émettent des infras sons pouvant porter à des klms à la ronde, afin d’attirer l’oreille du mâle… Car les mâles éléphants, sont solitaires et dominés par les femelles ! Il existe toutefois des morfalous qui veulent tremper leur biscuit sans y avoir été convié auparavant. Ils se font bien entendu systématiquement rejetés par les femelles. Une fois, un mâle, ne pouvant copuler avec une femelle consentante, a essayé de sodomiser un vieux rhinocéros qui buvait paisiblement non loin de là, le dit rhinocéros servant de chèvre au mâle éléphant, mais comme le rhinocéros n’a rien d’une chèvre, l’éléphant s’est fait copieusement jeter ! Ces observations correspondant à la réalité, la zoophilie n’est donc pas le monopole des humains… En matière de séduction, il existe un mammifère pour le moins surprenant : le nasique… Ce singe possede une particularité : tout comme nous, il a un nez, et plus son nez est gros, plus il attire les femelles, et plus il fait l’amour bien évidemment. Les mâles dominants chez les nasiques sont ceux qui ont le plus gros nez, pas le plus gros pénis … Cet outil de séduction ne servant qu’à la séduction, est plus handicapant qu’autre chose, dans la mesure où les nasiques ont de sérieux problème ORL, au point de mettre leur propre espèce en danger.. Oui, mais pourquoi les femelles sont elles uniquement attirées par les mâles possédant un gros nez, hypothéquant la pérennité de l’espèce ? Impossible de répondre à cette question en forme de non-sens total, même si c’est plus une affaire de coquetterie que de gêne.. A ce propos, est ce pour la même raison que les femelles humaines sont plus attirées par les grands bruns avec une grosse bagnole que par les petits blonds avec un gros sexe ? Toujours est il que chez les nazics, la mode, c’est celle du gros tarin, pas du petit…

nazic recadré

28
avr
09

karma de loco

Karma de loco, est le dernier volet de cette trilogie consacrée à la mémoire, qu’elle soit humaine ou animale…


bonne lecture…

PREMIERE PARTIE : LE VOYAGE

Un homme marche dans les rues de Bruxelles, martelant le cœur d’une nuit encore mouillée par la pluie… Ses traits sont indistincts, seul un petit claquement à peine audible, se mêlant au bruit de ses pas, laisse deviner qu’il a autre chose qu’une ombre à la place du visage… Ses mâchoires tremblotent… Le froid ?

Il cherche un hôtel… Au loin, une enseigne rouge, elle est là, se réverbérant dans la brillance humide du macadam, clignotant énergiquement sur l’acier des voitures, toutes très bien garées, leur donnant un aspect de fête, comme dans un parking de night club. Mais dans cette partie de la ville, pas de champagne, pas de musique… car le soir… la vie est figée… dans cette partie de la ville…

Son pas s’accélère. L’hôtel… enfin… Il pousse la porte : le standardiste est en train de somnoler dans le silence feutré d’une décoration kitch et sobre : la moquette y est omniprésente. Du bas de gamme, mais propre.

— Bonsoir !

Cette “entrée en matière” fait sursauter l’employé des lieux, qui se reprend aussitôt :

— Bonsoir Monsieur.

— Je voudrais une chambre pour la nuit. Il vous en reste ?

— Oui, une… vous avez de la chance… Une simple en plus !

—   Parfait… Et le prix… Combien ?

— Soixante euros, 65 avec le petit déjeuner…

—   Je ne veux pas de petit déjeuner…

Son visage, malgré la lumière, reste imprécis : il n’arrête pas de bouger la tête dans tous les sens, comme s’il se sentait observé par des caméras de surveillance… Il fouille dans ses poches, et paye sa chambre, faisant claquer sa petite monnaie sur le comptoir vitré.

— Merci Monsieur… dit le standardiste. Maintenant, remplissez cette fiche et signez le registre s’il vous plaît…

Il s’exécute. Il s’appelle Dupon avec un T, inscrit J. Dupont et signe.

Il se saisit de la clé que l’homme lui tend, prend l’ascenseur, marche quelques mètres dans le couloir, tête baissée, puis se retrouve devant un numéro : le 22…

Il ouvre la porte et entre. Même dans l’intimité de sa chambre d’hôtel, son visage est constamment en mouvement… Cela n’empêche pas ses sens de fonctionner…

L’odeur d’un produit ménager qui “sent bon” les îles cohabite avec celle de l’ancien client. Une femme certainement. Son parfum est encore là. Et elle… ailleurs… Comment était-elle ? Belle et jeune ? Ou vieille et fripée ?

Il essaye de se la représenter, mais la silhouette qu’il vient à peine d’ébaucher dans son esprit, s’évade. Il jette son sac sur le lit, fait glisser la fermeture éclair. Il est presque vide. Un flash de vodka, un petit sachet en plastique et une paire de ciseaux s’y perdent…

Il défait le sachet dans lequel sont entassées trois boîtes de médicaments. Il prend les ciseaux avec lui et va ensuite dans la salle de bain où se trouvent les toilettes. Il sort son portefeuille, se saisit de tous ses papiers, et, les coupe méthodiquement en petits morceaux au-dessus de la cuvette des W-C. Ils flottent, comme de gros confettis multicolores aux formes anarchiques. Il tire la chasse. “ Hou là ! Puissante cette chasse ”. Elle a avalé son identité sans aucun problème… Reste une senteur des îles, un détartrant-désinfectant.

Il retourne dans la chambre et s’allume une clope. Il est 22 heures. Pendant qu’il fume, il regarde autour de lui. Déco minimaliste, mais c’est propre… C’est au moins ça : propre. Il éteint sa cigarette et étale ses boîtes devant lui, allonge tous les comprimés sur son couvre-lit, somnifères et anxiolytiques, puis les absorbe avec la vodka, frissonne un grand coup, et pose le flash à moitié vide sur la table de chevet : impossible de boire la vodka en entier à cause des nausées : il est à jeun depuis deux jours. Il jette ensuite les boîtes sur la moquette… Une télé est là, elle aussi est propre, le regardant avec son écran noir, et dans la fixité glaciale de sa vitre : un visage inanimé, -un sans vie comme on dit, ou s’il y en avait une, de vie, c’était il y a bien longtemps… Ce visage, c’est le mien, bien évidemment… Je me reconnais : mon visage est enfin “net”, j’ai cessé de bouger la tête…

J’allume la télé, puis je m’allonge tout habillé, les ressors du matelas se font entendre… Les programmes défilent à la cadence de mon zapping, des programmes d’un standard européen : Derrick, des infos, des séries et des films américains, des émissions culturelles pas vraiment culturelles, car dans un discours aux accents intellos, les problèmes de fond ne sont qu’effleurés, grossissant le futile, donnant de la consistance à ce qui n’en a pas, au point que votre existence et vos galères vous paraissent dérisoires, stupides, hors-propos. Et pourtant… elles sont si réelles, si concrètes.

Je m’attarde sur l’un d’eux. Une jeune auteur est en train de parler de son nombril avec conviction, des larmes au coin des yeux.

Qu’elle est jolie cette auteur… Elle vend si bien son nombril d’un air peiné, que je serais enchanté d’être avec elle pour lui remonter le moral, mais ce n’est pas le cas, c’en est même très loin… Je continue à rêver d’elle, puis je m’affale sur ce lit où j’étais déjà affalé…

Je ferme mes paupières, puis je lui parle, je m’adresse à lui par le tutoiement, ma voix est claire dans ma tête, les drogues n’ont pas encore agi, alors j’en profite pour lui parler :   Dieu !

Une conversation intime avec mon créateur, combien de temps dure-t-elle ? Peu importe…

Mais petit à petit ma voix est de plus en plus faible dans ma tête… L’effet des médicaments se fait  sentir dans mon organisme…

Je continue toutefois à lui parler, quelques bribes de phrases résonnent encore dans mon esprit, comme des gouttes d’eau dans un évier  Puis, les mots s’essoufflent, la flamme de la bougie s’éteint, la lucidité s’échappe de ma cervelle…

Je sombre dans le néant !

Une demi heure plus tard, une explosion retentit dans l’hôtel, réveillant tout le monde, à commencer par le standardiste… Tous les occupants sortent de leur chambre.

Le standardiste appelle aussitôt la police, et demande à tous les clients si tout va bien… Lorsqu’il frappe à ma porte, personne ne répond, inquiet il utilise son double et entre. Le spectacle qu’il a sous les yeux parle de lui-même : la télé a implosé, éparpillant du verre sur le corps d’un homme inerte, en l’occurrence moi, j’ai la peau très blanche, des boites de médicaments vides sont sur la moquette, et un flash de vodka est posé sur ma table de chevet… Le standardiste se dirige vers moi, me secoue, crie mon nom, mais je ne réagis pas.

Il porte aussitôt la main à sa bouche, dissimulant un cri de stupeur ! La mort… Prévenir les urgences… L’ascenseur ? Trop lent. Il descend les escaliers quatre à quatre tout en marmonnant:

—     Il fallait que ça tombe sur moi… Et merde…

Dix minutes plus tard, l’ambulance arrive à l’hôtel. Le standardiste, suivi de deux brancardiers et d’un médecin, se rue au second, dans la chambre où je semble être mort. Le docteur ramasse les boîtes de médocs, renifle le goulot de la vodka, et hoche la tête d’un air désabusé. Même pas de pitié dans son regard. Réflexe professionnel. Il en voit tant… et tous les jours.

L’ambulance me conduit dans un hôpital où mon cerveau sera examiné de long en large par un scanner, et mes entrailles, vidés, à l’aide d’un tuyau introduit dans mon œsophage, lavage d’estomac…

Toute la nuit, la médecine belge s’occupera de cet homme inconnu, moi, plongé dans un sommeil aussi profond que la nuit originelle, un sommeil absent de souffrance… C’est au moins ça !

CHAPITRE DEUX

Le lendemain, une perfusion dans le bras gauche, lorsque j’ouvre les yeux, je vois le cul d’une infirmière au bout de mon lit : elle est en train de ramasser quelque chose qu’elle a fait tomber. Et, au-dessus de son magnifique postérieur, sur le mur blanc aseptisé de ma chambre d’hôpital, une affichette sur laquelle est inscrit : “un sourire ça ne coûte rien, pas plus à celui qui le donne qu’à celui qui le reçoit.” Mais c’est l’arrière-train de l’infirmière qui me fait sourire. J’ai une érection…

Je m’imagine me dirigeant vers elle d’un pas feutré, passant ma main sous sa blouse, certains d’y découvrir un string… Bien sur elle se laisse faire, je caresse ses fesses avec ma main droite, ses seins avec la gauche… Elle reste dans cette position, cambrée comme une image porno, puis tourne la tête brusquement, et me fixe de façon insolente pour que je la prenne… Je me baisse, soulève ses cheveux afin d’y déposer un baiser, croque sa nuque… continue à parcourir son corps de gestes tendres et réconfortants. Elle gémit… me glisse une phrase… une phrase vulgaire et sensuelle… Et je la prends !

Perdu dans mes rêves érotiques avec elle, scotché sur un lit qui me casse le dos, je m’aperçois à peine qu’elle vient de se retourner… et tout ça pour quoi ? Pour me tirer une tronche de deux kilomètres, sa « grimace » me disant :

— Tiens, vous êtes réveillé… Vous revenez de loin M Dupont. Vous avez eu beaucoup de chances… J’appelle tout de suite le docteur Picart.

Elle s’en va et revient avec le médecin, un grand blond, dont l’accent belge est tellement prononcé, que cet homme est une image d’Epinal ambulante. Il a tout le temps les mains dans les poches, son air constipé l’accompagne inlassablement, comme la blouse qui lui sert de seconde peau… Son visage osseux, sa mine grisâtre, mettent encore plus en évidence cet hôpital du XIX ème siècle, lifté une première fois pendant les années 1930, puis une seconde pendant les années 1990.

Ça sent pourtant les pansements dans cet hosto en théorie refait, mais rien n’a jamais pu enlever cette odeur, pas même la peinture à l’huile, odeur tenace que celle des pansements, une odeur oscillant hypocritement entre la vie et la mort…

— Ah M Dupont, dit le médecin.  Vous êtes béni des dieux… si votre télé n’avait pas implosé, vous seriez mort maintenant… Pourquoi avez-vous fait ça ?

— Ma télé, quelle télé ?

— Et bien la télé de votre chambre d’hôtel, il y a eu un court circuit qui l’a fait imploser, ça a réveillé tout l’hôtel, et le standardiste vous a trouvé allongé sur votre lit, avec des boîtes de médicaments vides sur la moquette.

— Le standardiste, quel standardiste ?

— Et bien le standardiste de l’hôtel où vous avez dormi hier soir… lui répond Picart… Vous ne vous souvenez pas de lui ?

— Jé… Jé… J’essaye… >> >> Je m’arrête de parler et réfléchis, mais mon esprit n’est plus qu’un immense trou noir. De qui parle ce médecin ? De quel standardiste s’agit-il ? Où suis-je ? Ou plutôt, qu’est ce que je fais dans cet hôpital ?

— J’essaye… En fait, j’essaye de me rappeler quelque chose… Et j’y arrive pas…

— Vous ne vous souvenez plus d’avoir dormi à l’hôtel hier soir  ?

— Si c’était que ça…

— Oh là là, il manquait plus que ça maintenant ! >> L’homme s’interrompt, me fixe, et, d’une voix bizarre, parce qu’incertaine et sceptique, me demande :

— Dites-moi M Dupont… Qui est le roi des belges ?

Je ne bronche pas. Le médecin insiste :

— Alors M Dupont… Qui est le roi des belges, hein ?

Après maints hochements de tête, de soupirs, de grattements de crâne, je lui réponds :

— J’en sais rien du tout…

— Oh là là, il manquait plus que ça maintenant…  Un amnésique.

Incroyable ! La veille je me suicide, et aujourd’hui j’ouvre les yeux, tel un “nouveau né” au sexe tendu, sur un monde qui m’est totalement inconnu. Je passe  du triste à en mourir, au cocasse d’une histoire belge sans aucune transition…

Mon esprit est neuf… Normal, puisque je n’ai plus rien dans le cerveau.

Dans le couloir, le Dr Picart n’arrête pas de répéter : – Oh là là ! Il ne manquait plus que ça maintenant ! Un amnésique… Il va falloir prévenir les flics.

Une heure plus tard, lorsque Picart voit la carte de l’inspecteur de police Paul Van de Peol, un petit chauve d’une cinquantaine d’années, il est très surpris.

— Un inspecteur ? Ma foi, je ne pensais pas que notre amnésique était si important.

— Pourquoi dites-vous ça docteur ? lui demande-t-il avec un accent presque imperceptible…

— Je m’attendais à voir arriver un gardien de la paix, pas un inspecteur.

— Votre patient a perdu la mémoire, et je dois faire une enquête pour retrouver sa famille.

— Oui, mais bon…

Ce que ne sait pas Picart, est que Paul Van de Poel écrit un livre sur le suicide. Chaque année des millions d’individus s’enfoncent dans leur propre couloir de la mort, avec, au bout, un bourreau : eux-mêmes… Une exécution en bonne et due forme… Se supprimer… Sans pub, sans rien. Dans l’anonymat de sa misère, dans la misère de son anonymat. Devenir une statistique, tout en zappant un fichier : le sien. Cette réalité lui semble aussi affreuse que les meurtres. Et pourtant, on n’en parle presque pas. Quant  à ces nanas qui se flinguent après avoir mis leur enfant au monde, c’est le vide, pas de “promo”, rien…  un syndrome évoqué nulle part…

Des êtres humains s’assassinent parce que leur vie est devenue insupportable, leur seul crime étant le désespoir qui les ronge, et pourtant, on n’en parle presque pas… Pourquoi ?

Van de Peol essaye d’y répondre.

Il fixe Picart, se gratte le menton et entre dans le vif du sujet :

— Dites moi Docteur, êtes vous bien certain que cet homme soit amnésique.

— Bien sur, il ne sait même plus qui est le roi des Belges…

— Peut-être parce qu’il n’est pas belge.

A son tour, Picart se gratte le menton, mais remet aussitôt la main dans sa poche.

— Tiens, je n’y avais pas pensé.

— C’est notre métier de penser à ce genre de choses. Le vôtre, c’est de faire en sorte qu’il retrouve sa mémoire…

— Oh là là ! Pas ici et pas maintenant, hein ! Nous sommes aux urgences… C’est un neurologue et un psychiatre que cet homme doit consulter… Nous allons d’ailleurs le transporter dans une structure hospitalière beaucoup plus adéquate…

— Vous voulez dire chez les barjos Docteur.

— Ma foi, en psychiatrie, il n’y a que des malades, pas des fous… Et les collègues y font un travail remarquable… Enfin, bref, chacun son métier. A ce propos inspecteur, que comptez-vous faire avec ce Monsieur ?

— Dans un premier temps, vérifier son identité. Si elle est fausse, ce dont je suis presque sûr, l’interroger pour voir si nous avons affaire à un simulateur… Ensuite, s’il est bien amnésique, relever ses empreintes digitales et génétiques, prendre des photos de lui, et les montrer aux familles ayant signalé la disparition d’un homme au même profil, au cours de ces dernières 24 heures… Ensuite, attendre deux ou trois jours. Et si ça ne donne rien, attendre. Et si ça ne donne toujours rien… autant de votre côté que du mien, et ben nous commencerons à être dans la merde… Parce que nous allons avoir un inconnu sur les bras. Mais le pire, c’est que nous ne saurons même pas pourquoi cet homme a voulu en finir avec la vie.

— C’est exact inspecteur, confirme Picart.

— Est-il en état de parler ?

— Oui… A part son amnésie, son état général semble normal… Vous pouvez aller dans sa chambre inspecteur.

— Merci Docteur. Au fait… Je voulais vous demander… Est-ce bien nécessaire que ce Monsieur soit conduit en H-P ? Rien ne dit qu’il est fou…

— Ma foi… Où voulez-vous qu’il aille ? Au club Méditerranée ?

— Je parlais d’une maison de repos…

— Non, c’est hors-propos.

CHAPITRE TROIS :

Van de Poel frappe et entre, puis se dirige vers moi qui dors comme une  masse… Je sens une main qui me secoue doucement, m’extrayant de cette nuit profonde dans laquelle je me trouvais, sans images mentales pour venir la perturber.  J’écarquille les yeux et vois un petit chauve qui me fait un grand sourire. Je me dis que c’est la première fois, depuis que je suis dans cet hôpital.

— Bonjour M Dupont, dit le petit chauve, désolé de vous réveiller. Je suis l’inspecteur de police Paul Van de Poel… >> L’homme patiente ensuite quelques secondes, mais rien n’apparaît sur le visage de l’amnésique que je suis.

— Voilà M Dupont… Quel est votre dernier souvenir ?

— Votre sourire.

— Non je ne parle pas d’un souvenir immédiat, mais d’un souvenir un peu plus lointain.

— Je n’en ai aucun… Je cherche… Je n’arrête pas de chercher, mais il n’y a rien là-dessous. ( je me tape sur le crâne)… Il n’y a que des vertiges.

— M Dupont, si c’est bien votre vrai nom…

— Et pourquoi ça le serait pas ?

— Parce qu’après votre tentative de suicide à l’hôtel, les infirmiers n’ont trouvé aucun papier sur vous.

Je le fixe d’un air ébahi.

— Ma tentative de suicide ? Quelle tentative de suicide ?

Du coup, c’est au tour de Van de Poel d’être stupéfait.

— Comment ça ? ! Personne ne vous a rien dit dans cet hosto ?

— Non. Vous êtes la première personne avec qui je discute.

L’homme me sourit une nouvelle fois et me murmure :

— Ne bougez pas M Dupont, je reviens tout de suite…

— Oh, je risque pas de m’en aller.

— Je sais… C’était juste un peu d’humour…

Une fois dehors, Van de Poel cherche Picart, mais celui-ci a disparu… Sa voix aux sonorités lymphatiques arrive toutefois à s’échapper de la chambre d’un motard, pour qui la marche n’est plus qu’un souvenir. Il s’y dirige et se met sur le pas de la porte. Il fait ensuite un petit signe de la main à Picart afin qu’il vienne le voir.

— Dr Picart, dit-il, comment se fait-il que Dupont ne sache rien à propos de sa tentative de suicide ?

— Ma foi, c’est normal, puisqu’il l’a oubliée…

Déconcerté par cette réponse, il lui balance :

— Et ça vous ne serait pas venu à l’idée de la lui rappeler ?

— Bien sûr que si, mais je n’en ai pas encore eu l’occasion, hein… Je suis un médecin des urgences. Et, en tant que tel, je suis très sollicité, ma foi…

— Pfou… Quel bordel ! Enfin, maintenant, il est au courant… Au fait, avait-il laissé un mot ?

— Non, nous avons juste trouvé une coupure de presse dans la poche intérieure de son bomber… Il est dans son dossier, je vais demander au secrétariat de vous le photocopier

CHAPITRE QUATRE :

Van de Poel est face à moi, un papier à la main… Il me le tend sans me donner aucune précision. Je  le déplie :

Sentiments anonymes : extrait de Karma de Loco.

Lorsqu’on est pauvre, on ne fait plus de cauchemar puisque sa vie en est devenue un. Et pourtant, les images qu’on a parfois dans la tête sont si belles…  On voit défiler autre chose que le mépris, on voit défiler autre chose, autre chose…Des pauvres, des pauvres au boulot, des pauvres sans boulot, des millions de pauvres qui se mettent à rêver, car le bonheur n’a jamais été aussi prés, il est consommable, on peut le manger, on peut le chier, on « peut » lui faire l’amour, il est là, tous les jours, face à nous, il est là sans être là, le bonheur, à nous narguer, à nous nicker… les pauvres, des millions de pauvres au boulot, le travail, ce travail, son travail, mal ou pas du tout récompensé, cette pseudo dignité payée au lance pierre, cet esclavagisme qu’on n’ose même plus nommer, tellement les mots, les valeurs, et les valeurs des mots, sont broyées, anéantis par le parfum d’un paradis artificiel qui tue votre existence, alors qu’on n’est pas tellement différent des autres, aussi grands et divins soient-ils, ce travail, oui, ce travail, qui, parfois nous glisse entre les doigts, comme pour mieux nous faire apprécier la merde, et quand cette merde à laquelle on s’accroche s’enfuit, sa seule richesse est sa vie intérieure, quand elle n’est pas obscurcie par un trop plein d’espoir ou un trop plein d’alcool, l’espoir ou l’alcool, les médicaments ou la prison, la prison, sociale ou bien concrète, car l’absence de toit et de soi, est une prison en soi… Soi ! ! ! Lorsqu’on est pauvre, on sent de sales odeurs, et on s’aperçoit très vite qu’elles viennent de soi, qu’elles soient corporelles ou dans le crâne… Et après quarante ans, lorsqu’on  est pauvre, on a plus de chances de rencontrer la mort, que l’amour, car on s’est vite retrouvé tout seul et défiguré, lorsqu’on est pauvre. Et dans ce cas, mieux vaut être con, car l’intelligence ou la lucidité, ouvrent les yeux, et, une fois ouverts en grand, après avoir constaté qu’on n’a rien, le regard qu’on pose sur l’individu qu’on est, passé dans le filtre froid de l’anonymat, vous guide vers cette alternative : le suicide ou la fuite, parce que rien ne va changer, parce qu’on oublie jusqu’à l’existence même de la démocratie, parce qu’elle n’a aucune consistance, aucune réalité, qu’elle est devenue virtuelle, si loin du quotidien… Virtuelle, comme les images diffusées à la télé, virtuelle, comme la destruction, celle qu’on a dans la tête, mais qui devient si réelle quand l’envie de tout casser casse votre vie, alors autant fuir ou se casser la cervelle, que de casser le système, car la révolution, le mieux-être, utopique, ça ressemble à un jeu de mots pour bobo la révolution, ça fait rire, surtout quand on est vidé, vidé, on m’a vidé, vidé, pompé… Et Dieu dans tout ça, Dieu, ça fait bien longtemps qu’il ne se manifeste plus excepté dans la haine, encastré entre deux tours, à moins que ce ne soit Satan… Dieu ou Satan… ça devient juste des mots face à la misère, alors, reste l’absence de foi qu’on éprouve à l’égard de soi… La fuite ou le suicide… La fuite ou le suicide… Voilà ce qu’on ressent quand on est seul et pauvre. Je ne suis qu’un simple citoyen, même pas un réfugié, je n’appartiens à aucune communauté, à aucune partie politique, à aucune corporation, je suis juste un citoyen insignifiant qu’on a vidé et qui a échappé à la mort d’une détresse existentielle, pour en affronter une autre, plus lente, celle de la pauvreté matérielle au quotidien… Et pourtant, les images que j’ai dans la tête sont si belles… Je suis pauvre… Et des pauvres, en Europe, un continent en théorie riche, ça court les rues. Ils le sont tellement, qu’ils en crèvent, comme moi.

Aurez-vous envie de publier mes anonymes sentiments ailleurs que dans le courrier des lecteurs, aurez-vous envie de mettre en avant une réalité qui n’est pas celle de l’élite, une élite que je n’ai même plus la force d’accuser ou de critiquer, mes revendications étant à mon image : squelettiques.

Quant aux pays pauvres ! NO COMMENT  …

— Alors M. Dupont, que pensez-vous de ce texte ? demande Van de Poel…

— Rien du tout.

— Mais encore.

Je soupire, puis nonchalamment :

— Mais encore, mais encore, je trouve ça triste à en mourir, pour ne pas dire chiant… Pourquoi ?

— Parce que nous l’avons découvert dans la poche de votre blouson… Mon instinct me dit que vous en êtes l’auteur. Comme un témoignage. Et si l’individu cité dans ce texte est vous, je peux subodorer que êtes séparé ou divorcé, seul, sans emploi, avec peut-être un ou plusieurs enfants que vous ne voyez jamais. Également, vous avez plus de quarante ans… Disons entre 40 et 50 ans, soit une moyenne de 45 ans… Ce qui est assez stupéfiant, car vous faites à tout casser 40 ans M Dupont ! Pour un pauvre, vous êtes drôlement bien conservé… On peut également interpréter ce texte d’une autre manière… Comme un cri, le votre…. Car de toutes évidences, les raisons pour lesquelles vous avez voulu mettre fin à vos jours, sont dans votre tête et pas ailleurs.

— Pourquoi dites-vous ça inspecteur ?

— Parce que le monde dans lequel nous visons, est essentiellement basé sur l’apparence physique, et vous êtes plutôt bel homme M Dupont… regardez-moi, j’ai 45 ans, et on me donne 55 ans… Si ça se trouve, on a le même âge, ai-je pour autant envie de me suicider ? Non ! Vos problèmes sont dans votre tête… Quant à ce texte, tellement juste, dont vous êtes l’auteur, oui, il est triste, car ce qui se passe en Europe et dans le reste du monde en ce moment, est affreusement triste, est affreusement chiant, surtout pour ceux qui souffrent.

Il s’interrompe, me fixe :

— M Dupont, je vais personnellement m’occuper de cette affaire, je vais essayer de comprendre pourquoi, un homme en parfaite santé, a voulu se supprimer… Car si votre télé n’avait pas implosé, vous seriez mort ! Vous êtes un miraculé…

Il me sourit puis me souffle

— Je vais également vous faire gagner des années de thérapie… Votre amnésie est d’origine psychologique, car un vrai amnésique, oublie tout, y compris le langage…

Je ne réponds pas, parce que je n’ai plus rien à exprimer, même si ce policier a peut être raison, mon esprit est totalement vide. Je n’ai aucun souvenir d’avoir parlé à Dieu la veille, car à la minute où je discute avec cet inspecteur, j’ai franchi un autre espace, une autre dimension, celui du temps… Et mon temps d’hier n’étant pas le même que celui d’aujourd’hui, à l’instant où se gravent les mots de ma vie, je suis un autre homme… Je suis un homme « au jour le jour ! », car ma narration intérieure se construit au fil des secondes qui tombent, telles des particules de vie, dans un sablier sans fin… Quant au désespoir, si un jour celui-ci avait torturé mon âme, il s’est maintenant évaporé. Où est-il ? Comme ma mémoire, dans un endroit insolite où personne n’aurait l’idée d’aller, à part en rêve bien sûr…

Hé oui ! Qui s’amuserait à chercher ses souvenirs dans un tel lieu, à part un magicien disjoncté… ou peut-être un homme tout simplement désespéré ?

Mais dans mon ventre, quelque part, très loin, très loin, je sens un machin en gestation. Je n’ai plus rien dans le crâne, mais dans mes tripes, un nœud est en train de se former… L’angoisse ? La culpabilité ? Ou l’angoisse de la culpabilité ?

— Bien, dit l’inspecteur, je vais prendre quelques photos de vous et je vous laisserai vous reposer. Je passerai plus tard prendre vos empreintes digitales et génétiques…

Il sort un appareil numérique, me photographie, puis il me quitte…

Vous venez de terminer le début d’une œuvre se nommant Karma de Loco, ponctuant la trilogie du même nom, une trilogie sur la mémoire, qu’elle soit humaine ou animale avec comme toile de fond un questionnement sur Dieu…

Trois romans totalement différents !

C’est très difficile de parler de Dieu, car soit on vous prend pour un illuminé, soit un gourou, soit un faux prophète…  …


Extrait de Karma de Loco :

“Tu vois Dieu, un soir je voulais te parler à voix haute, impossible… Pourquoi ? Parce que je n’avais pas envie qu’on me prenne pour un fou ! Moi, je voulais admirer ton visage, autrement dit les étoiles dans le ciel, entendre ta voix dans les feuilles des arbres, qui frémissent dans ton souffle, sentir ton odeur dans la fraîcheur de l’humus, caresser ta peau en parcourant l’herbe de mes doigts… Mais ce fut impossible, oui Dieu, ce fut impossible, car on ne peut plus s’adresser directement à toi dans cette ville de merde ! C’est dans la tête que ça se passe, uniquement dans la tête…”



La réalisation de trois romans, représente un travail énorme ; ils  ne surgissent pas du néant, comme par hasard… Non seulement je suis publiable, mais en plus de ça, vendable… Malmené par le doute, désirant connaître l’avis des gens,  je me suis confronté à un public qui est sans conteste, l’un des plus dur qui soit, car sans concessions, celui d’internet, et si mon travail avait été mauvais, on m’aurait massacré… On s’en serait donné à cœur joie de me balancer que je n’avais aucun talent, c’est simple, j’en aurais reçu plein les dents !



Mille fois merci pour tous vos encouragements,  publiques et privés ! Et désolé, si la lecture de Karma de Loco a rendu certaines personnes si mal à l’aise, mais on ne peut pas plaire à tout le monde, tout le temps !

Tous mes textes et articles, ont été signés numériquement  avec des contrats creative commons… L’adresse ip la date et l’heure, faisant acte…Ils sont protégés au niveau du droit international pour tout ce qui est relatif à mes copywrite, sans parler de toutes les protections physiques depuis 2002 qui protègent également mes copywrite….


18
avr
09

L’improbable apocalypse

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“L’improbable apocalypse, est le second volet de cette trilogie consacrée à la mémoire, qu’elle soit humaine ou animale…


Préface :

S’il existe des sujets que les romanciers craignent, ce sont les sujets d’actualité, ceux-ci pouvant se périmer d’une semaine à l’autre… Malheureusement, ce n’est pas le cas du second volet de cette trilogie, les thèmes abordés ne risquant pas de se périmer… Bien au contraire, plus le temps s’écoule, plus ils sont bien réels et concrets…

Au fait….  Comment serait notre planète si c’étaient les français et les anglais qui avaient gagné la seconde guerre mondiale ? Comment serait le monde si les américains étaient des pacifistes endurcis ! ?

Vous l’avez sans doute compris, l’action de cet ouvrage, se passe dans une réalité parallèle… Ce n’est bien évidemment que le début du roman, et ça se lit très vite 15 pages… très vite…

Alors, bonne lecture !


PROLOGUE : N’KHEL


N’Khel regardait son reflet dans le miroir… Le reflet d’un homme qui se tripotait, n’en pouvait plus de se tripoter, ne faisant que ça, comme s’il pétrissait de la glaise, de la glaise toute flasque, presque sirupeuse, dont la seule consistance inspire le dégoût… Il balança ses bras dans le vide et fixa un objet : un petit vase sumérien qui apparaissait de façon incertaine dans son fameux miroir : une psyché… Au sommet de son cadre, une tête munie de cornes souriait, montrant des canines de babouin… Jolie sculpture aux contours vifs qui lui inspirait à chaque fois le même respect. Il caressa les dents de l’animal et se fit une réflexion à haute voix. Une voix terne, sans aucune énergie, étalant dans l’air ambiant des mots liquéfiés par la lassitude:

— Ah, l’objet ! L’objet ! Doit s’admirer pour ne pas se dissiper dans l’avenir comme de la viande en décomposition. Prendre soins des objets, c’est prendre soin de soi.

Bizarre que ses cordes vocales suintent de telles phrases : N’Khel ne voulait plus prendre soin de lui depuis des lustres, traînant sa vie comme de la crasse, une crasse qu’il n’avait même plus la force d’enlever… Il prit un morceau de pain… l’observa de long en large… Son ton devint brutalement cynique:
— Et dire qu’avant, les gens crevaient de faim, au point de se manger entre eux. Comme l’avaient fait les ukrainiens quand Staline avait instauré un blocus dans leur pays… Ils étaient devenus cannibales… Des millions de morts…

Epuisé par une vie qu’il n’avait plus la force de digérer, il posa son quignon de pain et continua à se regarder, à se tripoter, à se regarder, à se tripoter…

Il pouvait se regarder et se tripoter longtemps, très longtemps, puisqu’il était immortel

CHAPITRE UN : DIX MILLE ANS PLUS TÔT… A L’ERE DES OGM…


Une manifestation d’antis bloquait la circulation sur le périphérique, créant un monumental bouchon… Des antimondialisations, antis-O-G-M, antis-effet-de-serre, antiviandes, antis-trou-couche-d’ozone, antis-tueurs-de-requins, antis-tueurs-de-baleines, antiportables, anticigarettes, antialcools, antipornos, antivoitures… anti… anti… anti…. etc…

Alexandre Cardon était au beau milieu de ce monstrueux embouteillage qui fabriquait autant de colère que de pollution. Un contexte bien humain où l’adrénaline circule à 200 à l’heure alors que les voitures sont à l’arrêt… Alex restait pourtant calme. Il n’avait fait aucun bras d’honneur, crié aucune insulte, donné aucun coup de klaxon, bien au contraire, il en profitait pour “admirer” le paysage, étant l’un des rares automobilistes à ne pas être exaspéré par ce bouchon. Etonnant, surtout pour un homme qui en venait souvent aux mains lorsqu’il était bloqué dans l’un d’entre eux… Mais là, pas d’altercation en perspective…  Même sa voiture qu’il méprisait, ne le dérangeait pas. Il en était d’ailleurs sorti ; tout le monde faisant du surplace, il se dégourdissait les jambes et l’esprit en dégustant une cigarette sur la bande d’arrêt de sécurité… Les yeux perdus dans un petit nuage noir, qui tentait vainement d’échapper à l’usine qui l’avait enfanté, il jeta son mégot et décida de regagner son monospace. Une fois au volant, il ne put éviter l’inévitable : son voisin de devant, un taxi, transpirait une fumée grisâtre et malodorante, le plongeant sans aucune transition dans le futur, imaginant des voitures ne roulant plus à l’essence. Mais comme son besoin d’anticiper l’avenir n’était pas représentatif de la mentalité dominante, les vieilles énergies qui puent, tels que le pétrole et le charbon, avaient encore de beaux jours à vivre. Quant à l’uranium et ses effluves, difficile d’y échapper… De toute façon, il n’y avait pas de soucis à se faire, puisque quoi qu’il arrive, la minorité dirigeant l’économie du monde “libre”, œuvrait justement pour un monde “meilleur”. Une minorité dont Alexandre Cardon faisait partie. Une minorité non élue démocratiquement, une minorité préférant échapper aux médias, l’anonymat leur assurant longue vie et prospérité, une minorité assimilée par certains, -les antis-, à une dictature.
Alex en avait conscience… Et être considéré comme un facho par des intellos qui ne produisent rien excepté des critiques, ne le dérangeait guère. Il s’en foutait, mais s’en foutait à un point… aussi sûr que deux et deux font quatre. Parce qu’il devait penser avant tout à son pays : la France, et surtout à son business : la biotechnologie.
Son pays : la France… Après la guerre de 39-45 et ses explosions atomiques sur Dresde et Nagasaki afin d’y mettre un terme, trois superpuissances avaient émergé : ladite France, l’Angleterre et l’Union-Soviétique… Mais depuis que cette dernière avait perdu la guerre froide, la France et l’Angleterre dominaient toute la planète. Et d’une façon tellement systématique, qu’une autre guerre s’engagea peu de temps après la chute du mur de Berlin : une guerre de civilisation, une guerre de religions… L’axe Paris-Londres avait empêché le communisme de se répandre à travers tous les continents. Qu’en sera-t-il avec l’Intégrisme religieux et sa vision apocalyptique du monde ?

Alexandre Cardon : son pays : la France. Son business : la biotechnologie: ses derniers O-G-M étaient enfin prêts, biens au chaud dans leurs silos, prêts à être vendus… Ces céréales étaient des petites merveilles : elles résistaient à tout. De plus, elles ne lui avaient presque rien coûté au niveau de l’investissement de base. Ces O-G-M allaient donc lui rapporter beaucoup de bénéfices en peu de temps, car, une fois “estampillé » par le gouvernement, le succès commercial était garanti.
A la fin des années 1990, lui et Bruce Douglas, -son associé-, avaient créé un label en association avec le ministère de l’agriculture : ils testaient leurs O-G-M pendant deux ans sur des cobayes avant de les mettre sur le marché, garantissant au public une alimentation “saine”, d’une qualité irréprochable…

Cette idée d’évaluer les O-G-M sur des animaux avant de les donner aux humains, avait agi comme une bombe, aussi bien à la bourse, qu’auprès du grand public. Alex et Bruce avaient poussé le vice en contrôlant les produits de leurs concurrents. Et, beaucoup d’entre eux, durent revoir leur copie, car certains de leurs O-G-M engendraient des effets secondaires plus ou moins inattendus…
Récemment, ils s’étaient lancés dans l’agriculture biologique. Leur labo, ou plus exactement leur industrie, s’occupait de tout, de la semence à la récolte jusqu’à la distribution. Bien entendu, le grand public ne savait pas que le même trust leur vendait à la fois du Bio et des O-G-M. Pour être plus précis : de la qualité et de la merde. Une merde apparemment digeste et sans danger, puisque leurs rats, leurs porcs, leurs chiens et leurs singes étaient tous en parfaite santé. Aucune allergie, aucune maladie grave, pas l’ombre d’une mutation. Ils “pétaient la forme”…
Au départ, sa démarche de tester les O-G-M sur des cobayes, avait été très mal perçue par ses confrères, au point qu’il reçoive des menaces de mort, cependant, comme elle eut un succès retentissant auprès des consommateurs, plus personne n’osa le menacer ni même le critiquer. Alex avait réussi là où beaucoup avaient échoué : faire taire les sceptiques… Grâce à lui, les O-G-M n’effrayaient plus grand monde. Seuls les antis, plus communément appelés alter dans un endroit que seul Dieu connaît, continuaient le combat…

Ah… Ses nouveaux O-G-M… bien au chaud dans leurs silos : quatre mois pour les mettre au point, deux ans pour les contrôler, une saison pour les semer et les récolter, le marché, c’est-à-dire toute la planète, en serait bientôt gavé. A cette idée, Alexandre Cardon revivait, songeant à tout l’argent qu’il allait gagner.

Bruce Douglas prenait la chose avec beaucoup moins de véhémence. Il n’avait jamais été très expansif, comme sa nature le lui suggérait, mais ces derniers temps, il se surpassait… Bruce avait quitté les U-S-A après l’obtention de son diplôme d’études supérieures. Les entreprises européennes, notamment françaises, lui avaient fait des ponts d’or pour l’embaucher. Et comme il ne trouvait pas d’emplois assez bien rémunérés dans son propre pays, il avait tenté sa chance sur le vieux continent, considéré par les Américains comme un eldorado… On peut dire qu’il avait réussi, puisqu’il était l’associé d’Alexandre Cardon, l’un des hommes les plus influents du monde libre…
Alex mit la radio pour rendre le temps perdu par cet embouteillage un peu plus supportable.

— Une bombe a explosé dans…

Il changea de stations : les illuminés… il en avait marre. Selon lui, le terrorisme était devenu un risque, un risque à inclure dorénavant dans les statistiques, comme les accidents de la route…

Alexandre trouva une radio à sa convenance.

— L’information qui tombe ce matin sur tous les médias du monde est l’une des plus délirante depuis la farce faite par Orson Welles avec son histoire de martiens en train d’envahir la terre. En effet, suite à la manifestation d’antis, nous venons d’apprendre qu’un certain Buster Keaton, ceci n’est pas une blague, mais son vrai nom, veut porter plainte contre tous les laboratoires spécialisés en biotechnologie pour, je cite : “utilisation abusive des gènes”, et surtout, je recite : “sans avoir demander l’autorisation au principal intéressé, c’est-à-dire à l’être humain, en l’occurrence… lui-même». D’après ce monsieur,  les gènes ne doivent en aucun cas être utilisés pour faire de l’argent, puisque, toujours selon lui, lorsqu’un homme mélange ses gènes avec une femme, il ne lui demande pas de copyright lorsque l’enfant naît. Toujours selon lui, ses gènes lui appartiennent dès sa naissance, ainsi qu’à 4 milliards d’années d’évolution due à ” Mère nature”, et non à des laboratoires… D’après lui, ce n’est pas aux entreprises en biotechnologie de décider à qui appartient la découverte de tel ou tel gène. Et encore moins de faire payer des droits d’auteurs sur ce que Dieu a créé. Et, pour finir, il dit en ces termes, je le cite encore : ” Les gènes sont un patrimoine commun à toute l’humanité. Les gènes sont la vie dont quelques trusts se servent pour soi-disant faire évoluer la science, alors qu’ils demandent des droits d’auteurs pour chacune de leurs découvertes. Si Alessandro Volta avait établi des copyrights sur la découverte de la pile électrique et demandé de l’argent pour chaque électron utilisé, la fortune de ses descendants s’élèverait à des sommes en euros, où les zéros seraient aussi nombreux que les étoiles dans le ciel”  Et de conclure à l’intention des labos par cette phrase : ” C’est pour cette raison, que le montant que je réclame en dommage et intérêts est très faible, à peine 500 milliards d’euros.”…. Voilà tout ce que nous avions à dire sur cette info en forme de canular. Ce M. Keaton, faute de pouvoir un jour obtenir ses 500 milliards de dommages et intérêts pour utilisation abusive de ses gènes, va certainement emporter un oscar pour avoir fait rire toute la planète. Sur ce, chers auditeurs, nous sommes avant tout une radio spécialisée dans le musical et non le comique, continuons néanmoins sur le même ton, en mettant ce vieux tube des Rolling-Stones.

Alex ne savait pas s’il devait rire ou pleurer… Si ce Buster Keaton gagnait son procès, ce farfelu allait lui ruiner son business. Il changea de radio:

— Nous sommes en liaison avec l’un maître du barreau européen, – Me Goldman- . En effet, nous avons essayé de joindre l’avocat de M. Keaton et, à notre grande stupéfaction, il n’en possède pas… Maître, que pensez-vous de la folie douce de cet américain : M. Buster Keaton ? Sur le plan juridique bien sûr.
— Je pense qu’il n’est pas si fou que ça. Ce monsieur Keaton a déjà derrière lui les représentants des principales religions d’occident, et bientôt du monde entier. S’il gagne son procès, il veut reverser la totalité des 500 milliards d’euros à des œuvres de charité. Depuis longtemps, les religieux sont sceptiques quant à la finalité de la révolution génétique.
— Vous croyez donc qu’il peut gagner son procès ?
— Peut-être pas à un niveau financier, mais à un niveau moral, oui. Sur le principe, il n’a pas tort. Cette affaire va peut être faire pression sur les labos en biotechnologie, et les forcer à mettre enfin dans le domaine public le résultat de leurs recherches. Je parle en génétique, bien sûr.
— Ce M. Keaton n’est donc pas si irresponsable que ça ?
— Il est loin de l’être, il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. D’autre part, il risque de faire des émules. Imaginez que les myopathes, les diabétiques ou autres malades, demandent aux labos de leur reverser une partie de leurs royalties.
— Que voulez-vous dire ?
— L’origine génétique de certaines maladies démontrent que ce sont les malades eux-mêmes qui sont les véritables détenteurs de ces gènes défaillants, pas les labos. Les laboratoires n’ont fait que les mettre à jour. Ils ne les ont en aucun cas créés. Mais pour l’instant, les seuls à en profiter sur un plan financier, ce sont eux, les labos. Les malades ne sont que des victimes.
— Voici une analyse confuse qui n’engage que vous Me Goldman.
— Je ne pense pas. C’est comme si on demandait à tous les bruns de la planète de payer des droits d’auteurs, sous prétexte que les labos ont découvert le gène responsable de la couleur de leurs cheveux. C’est le même principe.
— Evidemment, vu sous cet angle, c’est différent… Une dernière question, d’après vous, est-ce que la plainte de ce M. Keaton est en rapport avec l’annonce faite par KALTEC, l’un des labos qui a participé au décryptage du génome humain ? D’après eux, l’être humain n’a plus aucun secret pour l’être humain. Tous nos gènes ont été catalogués, mais surtout compris.
— En effet, c’est plus que probable……..

La sonnerie du téléphone le sortit de l’état de transe quasi névrotique dans laquelle il se trouvait. Il donna un coup de poing sur son volant… Et son klaxon se manifesta.
Il prit l’appel :
— J’écoute.
— C’est moi… Bruce… On a un problème Alex… Un gros. J’ai su que t’étais revenu de vacances. Je ne voulais pas te les gâcher en t’en parlant. Amène-toi au labo le plus rapidement possible.
— Tu veux parler de Buster Keaton ?
A l’autre bout de la ligne un silence s’instaura, puis Bruce reprit :
— Je n’ai pas envie de plaisanter Alex, mais alors là, pas du tout.
— Moi non plus Bruce, allume la radio ou la télé… et tu comprendras. Si le problème n’est pas Buster Keaton, de quel problème parles-tu ?
— Je préférerais te le dire de vive voix. Je n’ai pas envie que tu aies un accident, surtout toi, avec ton aversion pour les voitures.
— Je risque pas d’en avoir un, je suis pris dans l’embouteillage du périph.
— Je t’assure, je préfère que tu viennes. Je ne t’en dirai pas plus au téléphone. Amène-toi……………
Bruce avait raccroché…
Alexandre redonna un coup sur son volant. Son klaxon se fit une nouvelle fois connaître. Mais comme c’était insuffisant pour le calmer, il frappa encore. Et son klaxon, pas du tout content d’un tel traitement, manifesta sa désapprobation, hurlant d’une façon soutenue : impossible de le faire taire, la violence du coup avait provoqué un court-circuit qui rendait sa voiture infréquentable…

Eddy Fayard, dont l’anatomie ennuyée par la bière supportait mal la chaleur et les embouteillages, transpirait et ruminait dans son taxi en compagnie d’un client acariâtre, -un petit vieux tout sec, tout blanc, avec d’immenses veines noires parcourant des mains osseuses et énergiques-, lorsqu’un premier coup de Klaxon le fit regarder dans son rétro, puis un second, puis un troisième, sans discontinuer… Il se demandait quel idiot pouvait bien exiger de lui qu’il avance, alors que tout le monde était bloqué. Le fou furieux insistait vraiment… Eddy marmonna une insulte qui fit réagir son client.
— Soyez poli au moins, dit le petit vieux, si vous n’êtes même pas capable d’éviter les embouteillages.

Déjà énervé par Buster Keaton, puis par l’appel de son associé, ensuite par cet embouteillage, et, pour finir, par ce bruit assourdissant, Alex serra ses deux poings en fixant celui qui allait agir, le droit, puis boxa si fort son volant, que son airbag se déclencha aussitôt, prenant la défense du klaxon, le plaquant contre son siège… Sa voiture aurait-elle des revendications à formuler? Certainement, car l’air-bag, par la force de son humeur, avait projeté le propre poing d’Alex sur sa figure… Et comme c’était celui qui tenait le portable, il le reçut en pleine bouche, ouvrant au passage sa lèvre inférieure : son sang jaillit abondamment.

Coincé par ce surplus d’air qui le comprimait sur son siège, il essaya de se dégager, mais sans aucun succès, le valeureux airbag ne voulant pas se dégonfler. Alex se mit aussitôt à pester, crachant son hémoglobine entre deux jurons… Sa portière s’ouvrit… Il tourna la tête et vit un ventre : un gros. Il appartenait à Eddy.
— Ecoute-moi bien abruti, hurla Eddy. C’est pas en me klaxonnant dans le cul que je vais avancer. Tu m’as compris ? Oh ! Tu m’as compris ?
— Tu vois pas que j’ai des problèmes… Aide-moi, au lieu de m’insulter.
Eddy se baissa et comprit tout de suite. Il sortit un canif de sa poche et perça l’airbag… Alex put enfin sortir de sa voiture, mais son problème n’était pas pour autant réglé : son klaxon hurlait toujours autant… Eddy, qui était avant tout une bonne pâte, lui donna un kleenex et un coup de main, rendant son klaxon enfin muet… Il rejoignit ensuite “son” petit vieux.

Après cet épisode, Alexandre Cardon détestait encore plus les voitures. Il réussit toutefois à redémarrer la sienne et partit en direction du labo afin de prendre connaissance du problème, le bouchon était en train de se résorber…
De son côté Bruce Douglas mit la télé et tomba sur Buster Keaton. Comme il allait mourir de rire, il décida de l’éteindre : il devait garder son sérieux, car leur problème était… sérieux…

Nostalgique, Bruce passait tous les étés sur son continent natal : l’Amérique. Il se disait souvent que si ses compatriotes avaient gagné la seconde guerre mondiale aux côtés des anglais, le monde serait différent aujourd’hui. Oui, mais comment re-écrire l’histoire ? Comment revenir en arrière ? Impossible… Après le grand conflit de 1939-45, les Américains avaient préféré jouer la carte de la non-intervention, les explosions atomiques sur Dresde et Nagasaki ayant soufflé un vent pacifiste sur cet immense pays pour ne plus le quitter… Même en ce début de XXI ème siècle, demander aux ricains de s’engager aux côtés des anglais et des français pour faire la peau des terroristes, – au sens propre du terme -, était problématique, malgré l’aura de puissance qui en émanait…

Et oui, comme se plaisent souvent à le dire les hexagonaux : “- Les Américains font très bien la guerre, mais uniquement à Hollywood.”

CHAPITRE  DEUX : LA PROTÉINE FOLLE


Le Nord de la France, qui s’étend maintenant jusqu’en Belgique, depuis que la Wallonie est devenue une province française juste après la seconde guerre mondiale, oui, le plat pays est surtout connu pour ses O-G-M, très peu pour ses vins. La diversité et la richesse de son sol lui permettent de faire pousser un peu n’importe quoi, alors, si en plus de ça les plantes sont modifiées pour croître même au Sahara, l’endroit est parfait pour monter une entreprise spécialisée dans l’agro-alimentaire…

Alex longeait ses champs… Il ne se lassait pas de contempler ses cultures, lui faisant tout oublier, et, même s’il avait une préférence pour les O-G-M, le Bio ne le laissait pas indifférent. Ah, les O-G-M et Alex, une romance, une grande histoire d’amour, qui avait commencé dès sa tendre enfance, lorsqu’il essayait de greffer des orties sur les rosiers de ses parents adoptifs…
Quant au Bio, avant d’être une mode, c’est avant tout un business. Et oui, lorsque les gens voient marqué en gros : “Bio”, ils achètent. Même s’ils sont méchamment raquétés parce qu’ils ingurgitent de la bouffe garantie naturelle. Et pourtant, la bouffe, à la base, n’est-elle pas censée être naturelle ?
Pas d’état d’âme ! Alex et Bruce faisaient du Bio de façon industrielle, alimentant avant tout leur compte en banque, car les êtres humains doivent manger, manger, manger, que ce soit de la merde ou de la qualité, -certains ne faisant même plus la différence, tellement leur palais est devenu insensible, jusqu’au jour où leur organisme n’aura plus besoin de nourriture matérielle pour vivre-… Cependant, même les esprits, qu’ils soient purs ou non, ont besoin de nourriture, mais ceci est une autre histoire…

Quand Bruce vit Alex avec sa bouche enflée, il s’écria :
— Tu vas pas me dire que tu t’es encore fait un automobiliste ? ! Il était comment celui-là ? Petit, noir, blanc, à moins que ce ne soit un grand peau-rouge faisant du Kick-Boxing, et qui s’appelait Buster Keaton ?
— C’est ça, fous-toi de moi. Et ne me demande pas de précisions, c’est trop long à expliquer…
— Attends, je crois que j’ai des anti-inflammatoires. Je vais t’en donner, tu ne peux pas rester comme ça.
— On verra ça plus tard. Dis-moi d’abord ce qui se passe.
— Non, attends ! Ta lèvre va éclater.
Bruce revint avec deux comprimés et un tube de pommade. Alex les avala et badigeonna sa lèvre avec la crème. Le bas de son visage devint brillant, prêt à s’écrouler, comme un fruit trop mûr, dont la provenance reste aussi indéterminée que les O-G-M qu’il construisait à la chaîne.
Bruce le contempla un instant, puis lui dit :
— Je vais te montrer dans quel état se trouvent les animaux sur lesquels on a testé nos derniers O-G-M. Evite de parler et surtout de t’énerver.
— Ceux qu’on vient de récolter ?
— Oui… Ceux qu’on vient de récolter.
— Mais enfin, c’est impossible, on n’a pas arrêté de faire des contrôles.
— Alex, ferme-la.
Bruce savait comment s’y prendre avec son associé et ami Alexandre Cardon. Un homme qui n’était déjà pas à prendre avec des pincettes, mais depuis qu’il était en instance de divorce, il devenait irascible…

Pour accéder au labo, ils devaient passer par un grand couloir en forme de tube, surplombant leurs champs et leurs serres qui s’étendaient à « l’infini ». Bien que la “vue” soit “imprenable”, il était toutefois impossible d’apercevoir leurs plantations bios. Celles-ci se situaient à une vingtaine de kilomètres plus au nord, précaution indispensable afin d’éviter la pollinisation entre les deux types de cultures. Comme l’absence de pesticide pour le bio, les parasites étant éliminés de façon naturelle : par des coccinelles et autres insectes sympathiques.

Un tapis roulant les conduisit au sous-sol, là où se situait leur labo. Celui-ci était gigantesque : des liquides aux couleurs suspectes étaient en ébullition dans des marmites et des tuyaux transparents, passant ainsi d’une “cocotte” à l’autre. Des allées coupaient d’immenses tables de travail remplis d’ordinateurs et de microscopes électroniques. Malgré sa démesure, le labo contenait très peu de personnel, et les plantes n’y étaient pas légion… Dans cet espace, destiné à la manipulation génétique, ils arrosaient leur A-D-N, pas leur tige. Ils testaient leurs graines en milieu in vitro et les laissaient pousser dans de grands tubes à essais, les emprisonnant dans le verre et la lumière artificielle. Ces plantes étaient là pour les dernières vérifications, c’est tout.

Ils furent stoppés par un sas… Bruce demanda à Alex de porter une combinaison stérile munie d’une bouteille d’une autonomie de trente minutes. Normalement, une telle protection n’était pas nécessaire à cet endroit du labo. Ils ne travaillaient pas dans une entreprise manipulant la mort, – quoi que -, comme des virus, mais seulement de l’agro-alimentaire, certes, “légèrement” modifiée, mais juste de l’agro-alimentaire.

Ils traversèrent une première salle qui était gigantesque. Des cages remplies de cobayes s’étalaient dans la rigueur. Les hurlements de détresse de certains animaux n’entamaient en rien cette absolue rigidité. Particulièrement les  chiens, qui étaient les plus communicatifs pour exprimer leur malheur. Les singes, eux, ne criaient plus, ayant vite compris que leur existence prenait fin ici : ils n’avaient pas envie de se fatiguer pour rien.

Bruce et Alex s’arrêtèrent devant un autre sas où leur combinaison fut une nouvelle fois aspergée, leur donnant accès à une salle bien plus petite que celle qu’ils venaient de traverser. Habituellement, celle-ci était presque vide. C’était la salle des animaux atteints. Atteints par toutes sortes d’effets secondaires. Mais, au fil du temps, les O-G-M étaient de moins en moins “nocifs”, de mieux en mieux tolérés, de plus en plus “sains” !
Sains ou pas, les cages étaient pleines à craquer… Les cobayes tremblaient de toute leur carcasse ruinée par les progrès de la génétique moderne. Ils étaient maigres, haletants, ne pouvant même plus se tenir debout tellement leurs vibrations étaient fortes…
Alex posa son regard sur un Beagle. Il était écroulé sur le ventre, les quatre pattes écartées, la gueule grande ouverte. Le chien, s’apercevant que Alex le fixait, le fixa à son tour. Sa tête bougeait dans tous les sens, mais son regard restait calme, lui transmettant une “philosophie” d’animal dominé, d’animal qui ne se rebelle pas, une philosophie remplie de fatalité, comme celle des premiers chrétiens… L’homme vit, dans ses yeux mouillés de souffrance, que le chien lui avait pardonné les misères qu’il lui avait faites. Le Beagle n’éprouvait aucune haine, serein, il lui avait donné son absolution… “L’humain” cessa de regarder “l’animal” : un certain malaise comprimait sa conscience.
Une fois ce sentiment fugace évaporé, Alex demanda à son collègue :
— Qu’est-ce-qu’ils leur arrivent ?
— Ce sont les effets secondaires de nos derniers O-G-M…

Ces effets secondaires l’enracinèrent dans le béton du labo, ne pouvant plus parler, tellement sa stupeur étant grande. Il réussit tout de même à prononcer quelques phrases, grâce aux nerfs qui véhiculaient sa rage :
— Nos derniers O-G-M ? Responsable de ça ? Tu délires Bruce.
— Non je ne délire pas. Nos céréales – orge, maïs et blé-, mais aussi le colza et le tournesol, avaient été modifiées pour fabriquer des protéines animales… Et nous savons avec certitude, que ce sont elles qui provoquent ces effets secondaires, pour être plus exact : cette maladie. Une maladie que l’on peut classer dans les intoxications alimentaires. D’autres parts, nous avons inoculé en masse ces protéines à des souris… Elles n’ont pas tenu le choc et sont mortes six heures plus tard. Nous avons également fait des essais en prélevant du sang de rats contaminés pour l’injecter dans des rats sains… Suivant la dose, ils sont tombés malades en même pas quarante-huit heures… En fait, tout ce que l’on peut dire, c’est que cette maladie ressemble vaguement à l’E-S-B.
— Tu veux dire que ces protéines provoquent la maladie de la vache folle ? C’est impossible… Nous travaillons depuis des années avec le même labo pour l’élaboration de certains de nos produits sans aucun problème… En fait, tu voudrais dire que ces abrutis auraient commis une erreur à un stade de la fabrication ? ! Que le matériel biologique qu’ils ont utilisé dans l’élaboration de nos O-G-M était contaminé… Par la maladie de la vache folle en plus ? Une maladie qui a infecté nos O-G-M à nous ? Ça voudrait dire que cette saloperie d’E-S-B s’est transmise par les gènes pour passer de l’animal au végétal, comme ça, comme par miracle… C’est impossible ! Le prion ne possède pas d’A-D-N. En plus de ça, cette maladie a été éradiquée… Non ! Ça tient pas la route tout ça.
— Comme toujours, tu t’emportes pour rien. Tu fais les questions et les réponses… Alex ! Pour l’instant, nous ne pouvons incriminer personne, pas plus ce labo que nous-mêmes… Nous sommes dans une phase d’observation. C’est prématuré de tirer des conclusions… Je t’ai simplement dit, que nos derniers O-G-M provoquent une maladie qui ressemble vaguement à l’E-S-B, car en fait, cette maladie est inclassable. Elle est aussi stupide qu’impressionnante… D’un point de vue scientifique, elle est impossible, invraisemblable… Pourtant, elle est là, face à nous, bafouant toute logique, nous narguant, se foutant de la médecine, de la génétique, de…


Pendant que Bruce épiloguait sur cette “improbable” maladie, Alex s’excitait tout seul, pestant et re-pestant. Ses gestes saccadés martyrisaient son tuyau d’arrivée en air. Bruce s’en aperçut et le mit en garde :
— Je te conseille de ne pas faire l’idiot avec ta combinaison.
— Pourquoi ?
— Regarde ce porc, il a presque cessé de trembler. Je te suggère de reculer.

Alex, intrigué, observa le porc. Il était cadavérique : une véritable nouveauté pour un porc… Bruce avait raison, il ne tremblait plus. Il était statique, comme ses yeux, qui ne laissaient rien transparaître si ce n’est de l’incompréhension… Soudain, Alex sentit un grand froid à travers le regard de cet animal – la mort … Il couina un grand coup et… sa tête explosa.  Et oui, sans crier gare, excepté son hurlement de frayeur, ce porc, et plus particulièrement sa tête, venait d’exploser, se volatilisant dans toute sa cage. Des morceaux de matière grise se collèrent sur la vitre du casque d’Alex qui aurait dû écouter le conseil de son ami, car sa combinaison était rouge d’hémoglobine et de chair éclatée. La vision de cette tête de porc s’éparpillant aussi brusquement était étrange : Alex eut comme l’impression que le vide s’était formé dans son crâne, et, une fois bien ramassé sur lui-même, il s’était mis à gonfler, gonfler, gonfler, pour finalement exploser… faisant “Sblotch”. Un son entre le bruit d’une ampoule qui implose, en bien plus vigoureux toutefois, et celui d’une tête de porc qui prend connaissance d’un mur en béton à 300 Km/h.

Alex avait encore dans les neurones son cri de détresse avant explosion :  RUIII !

Une fois sa cervelle dispersée, le corps du cochon se mit à “gigoter”, se frappant avec une force inouïe contre les parois de sa cage, éjectant sa substance vitale sur Alex qui fit un pas en arrière, plus par peur de l’inconnu, que par peur du sang.

Après quelques longues minutes, il cessa de gesticuler comme un écervelé et finit par se calmer : il était bel et bien mort

nb : Le prion est une protéine normalement présente dans les cellules de nombreux organismes. Il peut devenir infectieux suivant les conditions. Son rôle dans le fonctionnement cellulaire est encore largement inconnu. (sources : ina)

Vous venez de terminer le début d’une œuvre qui compte 230 pages… et qui fait partie d’une trilogie s’appelant : Karma de Loco…

Que vous soyez un professionnel de l’écrit ou non, la question est …..  ai-je envie de lire la suite ?

je suis désolé, mais cette suite ne sera lisible que dans le cadre d’une publication…

merci de livrer à chaud ou à froid vos impressions…

si vous êtes tombé sur moi par l’intermédiaire de google, faite un copié collé de ce lien afin de lire “douceurs équivoques”, ou sinon, en haut de page à droite, en dessous de “entrées récentes”, vous trouverez le lien direct  !

http://karmadeloco.wordpress.com/2009/04/02/douceurs-equivoques/

cliquez sur commentaires, c’est écrit en tout petit en bas…

MERCI A TOUS DE ME LIRE ! VOS COMS SUR “DOUCEURS EQUIVOQUES” SONT TELLEMENT  ÉLOGIEUX

Tous mes textes et articles, ont été signés numériquement  avec des contrats creative commons… L’adresse ip la date et l’heure, faisant acte…Ils sont protégés au niveau du droit international pour tout ce qui est relatif à mes copywrite, sans parler de toutes les protections physiques depuis 2002 qui protègent également mes copywrite…

02
avr
09

Douceurs équivoques

“Douceurs équivoques” est le premier volet d’une trilogie consacrée à la mémoire, qu’elle soit humaine ou animale…

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Je dédie ce roman à la présence qui est à mes côtés !




PROLOGUE : LA RENCONTRE

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Les néons au-dessus du comptoir le laissaient pensif…

Plus il les observait, plus il trouvait qu’un tel mauvais goût était inadmissible…  Mais bon… Ce qui lui semblait vilain et périmé ne l’était pas pour tout le monde… Il détourna son regard de ces pitoyables néons et le plongea dans la salle. L’ambiance qui y régnait éveilla en lui un vague souvenir. Si vague, qu’il s’enfuit aussitôt pour se disperser dans la musique, un vieux jazz, dont la douceur des mélodies de l’âme perforait le bruit mat des conversations. Comme ses yeux qui, guidés par les notes, sentaient les mots sur les bouches. Des mots du soir, mélange de joie et de séduction, des mots qu’il percevait bien qu’il n’ait jamais appris à lire sur les lèvres. Mais en avait-il besoin pour saisir le langage de la nuit ? D’autant plus que la beauté est muette, surtout pour un homme seul qui regarde plus qu’il ne parle. Un homme seul… assis sur un tabouret… écoutant un classique qu’il a mille fois écouté, un homme seul, en face d’un comptoir chromé, en dessous de pitoyables néons dont la lumière s’écrase sur sa tête comme un soleil en plein désert… Putain de solitude ! Il n’arrêtait pas d’y penser, se répétant sans cesse que c’était le prix à payer pour conserver son indépendance…

Oui, le prix à payer pour conserver son indépendance, la solitude, la solitude qui consume l’âme occidentale, était en train de consumer la sienne. La chanson de la vie l’avait rattrapé. Son refrain lancinant le frappait là où ça fait mal. Il gambergeait, animal nerveux tapotant sur le comptoir d’un bar musical, il gambergeait, l’œil paumé dans les reflets des néons.

Paumé dans les reflets du mauvais goût, voilà où il en était. Il vieillissait, ne le savait que trop… Et s’il ne trouvait pas une compagne à aimer, son avenir était tout tracé : il allait se noyer dans les clichés de la bouteille, aussi facilement que la lumière des néons dans le chrome du comptoir… Pour l’instant, il n’en était pas là. Il n’était pas alcoolique. Il n’était même pas saoul. Il était juste terrorisé par ses cheveux grisonnants, l’empêchant de voir, cette nuit de juillet un peu plus que les autres, que cette personne qui l’intéressait tant, s’intéressait elle-aussi à lui. Il décrocha les yeux de son verre, tourna la tête dans sa direction, et tomba enfin sur elle : une brune, pas d’une beauté vitale, mais suintant de sexualité : une agression…

Elle le fixait avec froideur et détermination… comme si elle l’évaluait. Il fit de même : la silhouette immobile de la jeune femme se détacha peu à peu du décor. Il s’abandonna à cette sensation du -seuls au monde-, où les accords de piano résonnaient, et, comme dans un rêve un peu bateau, se caressa à travers la poche de son pantalon… Personne ne se doutait de quoi que ce soit… personne excepté elle…

Il quitta son tabouret et s’assit à ses côtés. Son expression n’avait pas changé : de la provocation animale… Il allait lui adresser la parole, mais elle mit son index sur sa bouche, faisant << Chut ! >>. Il lui répondit par un sourire et griffonna sa chevelure avec ses doigts. Dans un mouvement assez lent, elle posa son verre sur la table et se colla contre lui, plaquant son oreille contre son torse. Tiens, une oreille féminine à l’écoute de son cœur. Etait-ce l’oreille de sa vie ? Tout en l’auscultant, elle glissa sa main sous son veston et s’amusa avec la braguette de son pantalon, la descendant, la remontant. Son pouce effleurait son sexe à chacun de ses va-et-vient.

Le baiser vint après de longues minutes dans l’intimité de leurs attouchements. Ils se levèrent et quittèrent ce lieu anodin sans avoir prononcé un seul mot. Une fois dehors, tout en la conduisant vers sa voiture, il “examina” d’une façon plus approfondie cette femme qui l’avait levé quelques instants auparavant : son profil était d’un sculptural inca, ajoutant un charme déroutant à un physique qui n’en manquait pas. Elle était de taille moyenne, et sa démarche avait un côté mécanique qui ne le dérangea pas.

Ils roulaient depuis cinq minutes sans qu’aucun ne parle, comme si cette rencontre venait de les assommer : une mélancolie bizarre s’était glissée entre eux. Los Angeles, elle, n’avait pas changé. Une avenue aux graphismes agressifs s’étalait dans le désir de leur regard. La jeune femme brisa cette atmosphère au calme indécis d’une voix percutante :

— Je m’appelle Juliana.

— Moi c’est Jean, mais tu peux m’appeler John… Comme tout le monde.

— Ah, fit-elle. Tu es français ! Chapeau ! T’as aucun accent.

— Oui et non… En fait, j’ai la double nationalité.

Pourquoi lui avait-il donné son vrai prénom ? Il ne le faisait jamais… La trouvait-il particulière au point de lui avoir confié ce « petit secret »

— Alors, Jean… Où va-t-on ?

— Où va-t-on ? répéta-t-il… Je dois dire que je n’en sais rien… D’habitude, avec les… >> Il se racla la gorge et cessa de parler. Il avait failli commettre une gaffe, sa timidité voulant lui dire : “  – D’habitude, avec les femmes, ce n’est pas si facile ”

— D’habitude, quoi ? Termine ta phrase Jean.

— D’habitude euh… je ne fais pas de rencontres aussi directes… Ce qui ne veut pas dire euh… que je cherche à faire des rencontres à chacune de mes sorties.

— Moi, quand je sors, c’est pour faire des rencontres. Pas toi Jean ?

— Si bien sûr.

Elle n’arrêtait pas de l’appeler Jean d’une façon sarcastique, comme pour bien lui montrer qu’elle n’était pas tout le monde, à moins que ce ne soit pour “ autre chose ”…

— Alors, Jean, dit-elle, où va-t-on ? Sur la plage ? Chez toi ? Dans un hôtel? Manger un chili chez un italien ? Ou peut-être des spaghettis chez un français ? >> Elle lui sourit, réchauffant la blancheur pénétrante de son visage.

— As-tu peur du désert ? Demanda-t-il.

— Peur du désert ? Non, pourquoi ? Je m’attendais à tout sauf à ça. Tu veux qu’on s’envoie en l’air en plein désert ?

— Tout juste, mais avec une maison au-dessus de la tête… La mienne. C’est à une heure et demie en roulant vite.

Elle sortit un flash de whisky de son sac et en but une gorgée.

— T’en veux, Jean ?

— Non-merci, attends qu’on soit chez moi !

— C’est juste un petit coup pour le voyage, pour passer le temps, puisque c’est toute une expédition pour faire l’amour avec toi…

” Faire l’amour avec toi ! ” : quelques mots qui se résorbèrent dans les faubourgs de la ville : “Faire l’amour avec toi ! “: elle défit sa braguette et le caressa… Ses doigts vibraient, elle était fébrile, presque hésitante… D’un coup, elle tira si fort sur ses habits, qu’ils s’enfoncèrent dans sa peau, la cisaillant. Il décolla les fesses de son siège pour lui permettre de s’en débarrasser. Elle descendit le tout avec violence et le masturba…

Il était là, l’air niais, l’œil rivé sur ses yeux glacés. Le rythme de sa main ne faiblissait pas. La route, il l’avait oubliée : Juliana le possédait… Son emprise sur lui devenant beaucoup trop pressante, il la saisit par le poignet afin qu’elle ralentisse et, dans un soupir, réussit à lui murmurer :

— Veux-tu qu’on s’arrête ?

— Non, continue à rouler. Concentre-toi sur la route et sur ton désir. J’ai pas du tout envie qu’on ait un accident. Par contre, j’ai envie de te faire un câlin.

Quand il sentit la chaleur de son “câlin”, il aurait aimé la prendre dans ses bras, mais elle était “ailleurs”, s’acharnant à lui donner du plaisir comme si sa vie en dépendait. Il suivit son conseil et s’agrippa à son volant, fixant son attention sur l’horizon. La cité des anges disparaissait avec son air tiède, pollué… Et… son orgasme éclata dans la fraîcheur étoilée du désert… Sans transition, elle s’empara de son pantalon et le rhabilla sans qu’il n’ait rien à faire, à part soulever ses fesses, comme à “ l’aller ”. Elle sortit ensuite son flash, et, tranquille, s’enfila une bonne goulée.

— Le sperme a un drôle de goût, ça passe mieux avec du whisky. ça t’a plu?

Décontenancé par cette réflexion, il n’avait pas entendu la question qui l’accompagnait. Elle la reposa :

— ça t’a plu Jean ?

— Bien sûr… Mais j’aurais aimé te faire la même chose.

— Ça risque pas, je suis une femme. J’ai pas de verge moi !

Son “ à propos ” vulgaire le rendit très mal à l’aise.

— Mais enfin, c’est pas du tout ce que je voulais dire, tu m’as compris ?

— Bien sûr que je t’ai compris, c’est pour cette raison que j’ai répondu ça.

Sa réplique était comme elle : déstabilisante. Pourquoi le faire culminer avec les dieux, pour ensuite le faire ruminer avec les vaches ? Il ne savait plus du tout où il en était. C’était la débandade, la gamberge… Faire demi-tour ? La raccompagner ? Pourquoi pas ? Et puis non… C’était prématuré et surtout très con et très impoli de sa part. Il était juste “un peu” farouche, pas odieux. Enfin, toujours est-il que les questions affluaient dans sa tête, comme ses dollars sur le compte en banque de son ex-femme. Et s’en poser, des questions, cela faisait partie du personnage. Mais qui était donc cette “ sexy brunette ” anticipant ses propres fantasmes ; ce qui était facile, vu son imagination d’une spectaculaire banalité dans ce domaine ? Une marginale jouant les gamines délurées ? Non, malgré son attitude un tantinet vulgaire et provocante, elle n’en avait pas l’air. Une prostituée ? Impossible, puisque à aucun moment l’argent n’était intervenu dans leurs “ rapports ”. Une adepte du sexe sans tabou ? Une échangiste échappée de sa meute le temps d’une soirée ? Pas forcément, son côté rentre-dedans n’était significatif de rien d’exceptionnel, si ce n’est qu’elle agissait comme une personne qui ne s’embarrasse d’aucun préliminaire. De plus, ses caresses tremblotantes dénotaient une timidité certaine, ce qui est paradoxal…

Qui était-elle ? Une alcoolique ? Oui, peut-être… C’était bien la première fois qu’il voyait une nana se trimbaler avec du whisky dans son sac. Remarque, en avoir sur soi ne prouve rien… quoi que… Bon Dieu, qui était-elle ? En fait… il n’avait pas la réponse. Cette femme le perturbait. Son comportement lui paraissait inhumain : ses yeux dissimulaient de la haine, et ses gestes, d’une rage sournoise, de la destruction. Elle lui donnait l’impression d’être déphasée, en “instance” de rupture : limite… Mais tous ces troubles, toutes ces craintes, provoqués par Juliana, pouvait-il leurs accorder de la crédibilité, se considérant lui-même, et à juste titre, comme un tourmenté congénital ?

A mesure que ses pensées erraient sur l’état mental de Juliana, il appuyait sur le champignon. La MG répondait, fidèle. Au moins quelque chose qu’il arrivait à contrôler… Plaquée contre le siège, elle cria d’une voix sourde venant de l’enfer de ses tripes :

— Espèce de fou, tu veux qu’on s’explose ? Ralentis.

— Désolé, je ne me suis pas rendu compte. Reprends tes esprits. Dorénavant, je roulerai moins vite… Au fait, que fais-tu dans la vie ?

— Je te le dirai après… Une fois que ton anglaise antédiluvienne aura fermé sa gueule !

Comme pour ponctuer cette gueule, un silence hypocrite s’insinua entre eux, marquant le temps dans le ronronnement de sa décapotable. Cette petite mélodie agissant sur lui comme une caresse, inexorablement, son désir revint le “ persécuter ”. Un regard sur elle, aussi minuscule soit-il, et toutes les pensées paranoïaques qui l’avaient animé, se dispersèrent en une ode désuète… Son souffle était cassé, son envie d’elle remplissait ses mains, il tremblait… Autour de lui, le calme se fit entendre, un hymne qui lui rappelait sa rengaine quotidienne : le désert. Des odeurs de terre humidifiée par un orage humectaient ses narines. Le ciel était opaque. Jamais la voie lactée n’avait aussi bien porté son nom : autant d’étoiles avec si peu d’êtres humains pour les contempler lui paraissait stupide… Ses sens étaient démultipliés, il ressentait tout. Etait-ce Juliana qui le mettait dans cet état ? La voulait-il au point de ne plus pouvoir être dans les “normes” ? Etait-il victime d’un “stupide” coup de foudre ? Un truc auquel il ne croyait même plus…

Il la réveilla, elle s’était assoupie. Entre deux bâillements, elle perçut le tic-tac du clignotant. Ce tic-tac la fit rire.

— Tu mets ton clignotant sur cette route paumée, dans cet endroit paumé. Mis à part à des extraterrestres, je me demande bien à qui tu peux signaler ta présence.

— Détrompe-toi. Un des hommes du shérif vient souvent patrouiller dans le coin. Il m’a d’ailleurs fait la réflexion : “— Monsieur Taverner, oublier de mettre votre clignotant même au bout du monde, est une très mauvaise habitude.” Il n’a pas tort.

Juliana fut comme piquée aux nerfs.

— L’adjoint, répéta-t-elle, il est là en ce moment ?

— Non, pourquoi ?

— Pour rien.

Afin d’accéder à sa maison, il devait la contourner. Elle apparut : masse sombre parsemée d’étincelles cosmiques. Les astres s’y reflétaient dans toute l’anarchie calculée de ses façades.

— Ouah ! Fit-elle. C’est une baraque ou un vaisseau spatial ? Tu dois effectivement croiser des extraterrestres. C’est subjuguant, même en pleine nuit… surtout en pleine nuit… Elle est fantastique ! Tu es architecte, je suppose…

— Exact.

— Cette construction doit représenter ton aboutissement, ton chef d’œuvre. Elle est ton existence sur tous les plans, si je puis dire, affectifs et professionnels…

Jamais son ex-femme n’avait parlé de sa maison avec autant de justesse. En quelques mots, elle avait tout résumé, en quelques mots elle avait tout compris… Finalement, elle ne le choquait plus, c’était juste une fille un peu à part, une fille à la fois exubérante et fébrile, une fille un tantinet vulgaire et à l’humour un tantinet décalé. Et si cette fille les effrayait autant, lui et sa cinquantaine standard, c’était peut-être parce qu’elle représentait tout bêtement la solitude. Et sans doute un peu trop. Voilà : c’était tout…

De drôles de sentiments frissonnaient dans son dos. La fille aux yeux tristes et froids lui faisait peur, mais il voulait la serrer dans ses bras. Jean ne réfléchissait plus, vivant à travers ce paradoxe existentiel qu’était Juliana. L’avait-il enfin trouvée, cette femme, voulant bien les partager… ses paradoxes ? Et par voie de conséquence… sa putain de solitude…

PREMIERE PARTIE : LA MAISON ” DE GLACES “.

Il la conduisit à l’intérieur d’une maison dont l’aspect était celui d’une cathédrale de verre. Des colonnes maintenaient l’ensemble, apportant de la cohésion à cette fragilité. Aux pieds de ces grandes flèches de pierre, d’où s’échappait une lumière pastel, s’étalait un mobilier sobre, intemporel… et… au-dessus : la voie lactée. Le ciel était le plafond de cet édifice…

Les colonnes avaient toutes des hauteurs bien distinctes. De celles-ci, partaient des cloisons de verre. Chacune d’entre elles possédait sa propre couleur, certaines d’un bleu diaphane, d’autres d’un pourpre opaque. Elles soutenaient également d’immenses panneaux translucides, qui servaient à la fois de façades et de toit. Il aurait fallu des semaines, si ce n’est des mois, pour assimiler toutes les subtilités de cet artefact… Un escalier en grès permettait d’accéder à l’étage supérieur, où le plancher était lui aussi transparent, donnant aux meubles l’impression de flotter.

Devant autant de monstruosité, surtout en plein désert, un lieu où même les serpents à sonnette ont tendance à trouver le temps long, sec, et poussiéreux, elle s’exclama :

— Je suis pantoise. Cette maison est délirante, mais quelle galère ça doit être pour la nettoyer !

Pour lui, ce genre de réflexion était devenu un rituel.

— C’est un trompe l’œil, dit-il. Ce n’est pas du verre, mais un matériau composite issu de la recherche spatiale. Il est aussi solide que du béton armé. Cette impression de fragilité, n’est en fait qu’une impression. Du moins, lorsqu’elle est dans cette configuration : transparente.

— Comment ça ?

Il répondit comme s’il récitait une leçon :

— Chaque panneau qui compose cette maison, peut adopter une ou plusieurs couleurs à la fois. Elle peut ainsi avoir des milliers d’apparences différentes et…

Il s’interrompit, s’apercevant qu’il avait affaire à une non-initiée. Pourquoi entrer dans les détails ? A quoi bon lui raconter l’histoire de cette maison qui avait été construite avec du matériel récupéré à la NASA au début des années 80… A quoi bon la gaver avec une tonne d’explications alors qu’ils se connaissaient à peine. Non, il n’avait pas envie de l’ennuyer, plus intéressé par les caractéristiques de sa partenaire, que par celles de sa propre demeure.

Il répondit avec retard à sa réflexion :

— Nettoyer cette maison ? Non, c’est loin d’être un problème… Elle ne se salit pas. Les panneaux sont recouverts d’une pellicule translucide qui interdit à la poussière et à la graisse de s’y déposer. En fait, ça glisse. Dans le jargon, on appelle ça l’effet nénuphar. C’est efficace pendant plus de cinquante ans. Mon partenaire, à savoir la boîte qui l’a mise au point, en est très fier.

— Ton partenaire ?

— Cette maison n’était qu’un projet fou sur du papier. Il fallait bien trouver de l’argent pour le mener à bien. J’ai été financé par une firme spécialisée dans le nettoyage industriel. Le reste est mon argent personnel. J’ai beaucoup donné dans l’élaboration de cet édifice et si la… >> Il allait enchaîner avec la NASA, mais ne le fit pas, par peur d’en dire trop, par peur d’être rébarbatif… par peur de la faire fuir… Il préféra lui parler du paysage avec une voix mélodieuse, une voix remplie de rêves :

— J’ai toujours été fasciné par le désert, ses étendues en apparence vide, son soleil frappeur, ses nuits glaciales, son ciel… La ville ? Plus jamais.

— Je vois… Mais dis-moi Jean, cette maison a dû coûter très cher. Et toi-même tu le paies très cher, tu vis seul dans ta cage de verre…

En plein dans le mille. Il encaissa le cynisme de cette réflexion sans broncher. Après quelques secondes de récupération, il lui répondit, toujours sur le même ton exalté :

— C’est vrai, je suis seul à habiter ici. Mais ce n’est pas pour moi un sacrifice. Bien au contraire… Ici c’est mon paradis ! Pourrais-tu y vivre Juliana ?

Elle éluda la question et se détourna de lui pour se diriger vers l’un des panneaux qui donnait sur un petit lac, un peu plus bas, aux pieds de la colline sur laquelle sa maison trônait.

— Tu crois qu’il est possible de s’y baigner Jean ?

— Bien sûr, mais le soir, l’eau est très fraîche… Regarde plutôt.

Il s’approcha d’une des colonnes et fit apparaître un clavier qui était enfoncé dans la pierre. Il tapa dessus et le sol devint transparent. Juchée sur l’invisible, elle poussa un cri d’oiseau. L’impression d’apesanteur était choquante : elle volait au-dessus d’une piscine.

— Il existe une commande vocale, dit-il en souriant, mais je voulais un effet de surprise. C’est surprenant au début, pourtant il n’y a aucun risque.

— C’est réussi, j’ai cru que j’allais tomber… La plupart des gens friqués exhibent leur piscine avec lourdeur… La tienne est au sous-sol. Et c’est de très bon goût…

Perché sur son plancher de verre, à une dizaine de mètres au-dessus d’elle, Jean regardait Juliana nager dans la frénésie, la hargne animait chacune de ses brasses. La voir sous cet angle était agréable, cette perspective créait en lui un sentiment de domination.

Il avait chassé la fonction reflet des façades et éteint toutes les lumières sauf celles de la piscine. Entre elle et lui, il n’y avait plus rien, juste l’obscurité dans laquelle il s’était réfugié pour l’admirer : il la trouvait de plus en plus belle, mais quelque chose le dérangeait, quelque chose qui remuait ses tripes davantage que cet antique blues des familles qui l’avait conduit dans ce bar où il l’avait rencontrée. Certes, il avait peur de la faire fuir, mais si elle s’était enfuie, il aurait été soulagé. Et elle, ressentait-elle la même chose à son égard ? Un besoin maladif d’amour doublé d’une crainte maladive de l’amour ?

Juliana sentit sa présence. Elle leva la tête… et… tomba sur les étoiles… ne pouvant le distinguer : il s’y perdait : petite silhouette dérisoire noyée entre deux constellations. Elle ne savait pas que les panneaux qui composaient sa maison avaient la possibilité de ne générer aucun reflet. Et comme leur transparence était d’une pureté quasi cosmique, il n’y avait aucune barrière entre lui et le ciel, seules les colonnes s’intercalaient entre ses yeux et la voie lactée. Elle se sentit minuscule… Anéantie par cette réalité, elle sortit de l’eau, la sensation d’être une fourmi observée par Dieu la rendait trop mal à l’aise… Elle monta les marches et le rejoignit, ne jugeant pas utile de se rhabiller… Jean, qui l’examinait avec toujours autant d’envie que de confusion, s’aperçut qu’elle était entièrement épilée… Elle s’approcha, se posta devant lui, et le fixa, comme lorsqu’elle l’avait happé quelques heures auparavant. Il ressentit la même chose en plus intense. Une simple caresse, même visuelle, et c’en était fini de son sentiment de domination. Cette femme provoquait en lui une déflagration…

Juliana, encore humide, plaqua sa fraîcheur contre lui. Eclairé en contre-plongée par la lumière de la piscine, son corps ondulait dans le jeu des ombres sur le rythme d’une musique orientale imaginaire. L’enveloppant dans son tempo, elle lui griffa la nuque et lui serra la taille. Il était au sommet, avide, “exigeant” un contact plus direct, mais ses vêtements l’incommodaient. Il commença par son pantalon qui tomba aussi sec et s’occupa de son slip avec maladresse. Tout en la calfeutrant dans son étreinte, il déboutonna sa chemise. Elle, continuait sa danse reptilienne, comprimant sa verge larmoyante contre son pubis. Soudain, elle se raidit, se détacha de ses bras, et d’un sourire calculé lui demanda :

— Dis-moi Jean, où est ton bar ? J’ai envie de boire, nager m’a dégrisée.

Il baissa la tête avec la béatitude d’un enfant insatisfait et tendit le doigt en direction d’un meuble assez imposant qui ressemblait plus à une armoire qu’à un bar… Avant de rejoindre “l’espace” de toutes ses soifs, elle ouvrit son sac, prit son paquet de cigarettes… et le tronçonna sans sommation :

— Tu devrais t’habiller ou te déshabiller en entier, parce que t’as vraiment l’air d’un con, planté là, dans ta lumière divine.

Etant déjà d’une nature susceptible, c’était beaucoup plus qu’une simple estafilade ce qu’elle venait de lui infliger d’une voix aguichante : son amour propre était devenu une série de planches de contre plaqué lacérée par la honte. Il était étonné de se trouver encore en vie après une telle humiliation, avec ou sans étoiles. Et, à ce niveau, ce n’étaient plus des questions qui tailladaient son cerveau, mais de la colère, tiraillé entre le désir de lui faire l’amour pour qu’elle se taise enfin, et celui de lui dire : <<Juliana, tu es très gentille, mais je crois qu’il vaut mieux en rester là. Je vais te ramener chez toi.>>

Il remonta son pantalon, mais enleva sa chemise. De cette manière, il n’avait l’air d’un con qu’à moitié.

A l’instant où il allait lui psalmodier sa tirade, Juliana rit.

— Tu es si prévisible Jean, que ça en devient presque touchant. Ne sois pas offusqué, on va baiser. Ne t’inquiète pas… En plus, personne ne nous voit ici, à part Dieu ou les extraterrestres…

Il s’assit, remit la lumière et essaya de reprendre son calme, ne voulant pas tomber dans le jeu masturbatoire pour sadomaso bas de gamme avec lequel elle jouait… Pourquoi une telle agressivité ? Etait-ce un simple amusement ou le reflet d’une rancune maladive à l’égard des hommes ? Voulait-elle le faire fuir, lui qui avait si peur de la faire fuir ?

Quoi qu’il en soit, plus elle le malmenait, plus son envie d’elle devenait une torture. Que faire ? Rengainer son sexe en la raccompagnant chez elle, ou son orgueil en la faisant sauter sur l’autel de son arrogance ?

Juliana, toujours aussi nue, lui colla un baiser sur le front.

— Que veux-tu boire Jean ?

— Un bourbon.

— Moi, je vais m’enfiler de la tequila. Un alcool en accord avec le paysage… D’ailleurs, ça me fait penser à un western toute cette ambiance. Ouaip… Un western spaghetti futuriste… >> Elle s’esclaffa, et lui balança, entre deux ricanements :

— Un western spaghetti futuriste… à la française. J’avais oublié que t’es de là-bas.

Encore des réflexions. Mais comme celles-ci étaient plus marrantes que méchantes, Juliana l’avait juste égratigné, pas tronçonné. Le calme avant la tempête ?

— Au fait ! Dit-elle. T’avais quel âge quand t’es parti de France ?

— J’étais gamin, pourquoi ?

— Pour rien.

Elle sortit le bourbon et la tequila puis se mit de dos… Pendant qu’elle “préparait” les verres, il vit sa chute de reins frémir. Le froid ? Non, elle venait “juste” de mettre une cigarette à son bec. Pourquoi une simple cigarette la faisait-elle frémir ?

Au lieu de l’allumer, Juliana la serra entre son pouce et son index, l’enleva délicatement de ses lèvres… et… la “déboucha” côté filtre, avalant au passage le petit bout de plastique ôté juste avant avec ses dents… Sa clope était en fait une fiole… Une fiole qu’elle maintenait dans sa main droite alors qu’elle servait le bourbon avec la gauche, son pouce obstruant l’extrémité qu’elle venait de “déboucher”. Elle le retira, secouant légèrement sa “clope”, laissant s’échapper un liquide incolore, qui se dilua dans le miel de son bourbon comme un flocon de neige dans la mer. Elle avait “déversé” le contenu de sa “cigarette” dans son alcool… Jean n’avait rien vu, si ce n’est ce frémissement dans le bas de son dos…

Elle revint s’asseoir, les verres dans les mains, sans pour autant lui donner le sien, le mettant par terre, juste à côté d’elle, bien “à l’abri”. Cela ne le troubla même pas, son bourbon était sa “dernière” préoccupation.

— Dis-moi ! ( elle posa ses longs doigts fins sur sa jambe ) Tu m’as dit que les façades pouvaient changer de couleur. Est-il possible de les rendre opaque, à l’abri de tous les regards ?

— Oui pourquoi, tu n’aimes pas cette configuration ?

— Pas trop non, j’ai l’impression d’être observée.

Il s’adressa à l’ordinateur de sa maison :

— Anne ! Façades, couleur blanche dans leur totalité.

Aussitôt, les murs ressemblèrent à ceux d’une église mexicaine… Au lieu d’être surprise par cette maison qui “ comprenait tout ”, elle lui balança :

— Comment as-tu appelé ton ordinateur ? Anne ! J’ai toujours trouvé ce prénom affreux ! Est-ce celui d’un amour déchu ?

Tronçonné, tronçonné pour la seconde fois. Mais bien plus qu’avec cette histoire de lumière divine où il avait l’air d’un con : Anne était le prénom de sa fille morte à l’âge de deux ans. Incroyable. Cette femme possédait une intuition d’une précision mathématique. Ses réflexions-scalpel le déchiquetaient à chaque fois un peu plus, le vidant du sang de son désir.

Quant à sa rancœur, puisqu’elle était le poison originel de tous ses sarcasmes, elle n’avait qu’à la garder pour elle, lorsqu’elle se regardait dans la glace, ou dans le plafond, à travers les araignées, quand le reflet de la solitude se fait insupportable. Un plafond qui était certainement son unique horizon : elle devait souvent être seule…

Juliana commença à lui caresser la cuisse. Jean, de moins en moins excité, lui posa une question “anodine” :

— Au fait, tu ne m’as toujours pas dit ce que tu fais dans la vie ?

— Rien de bien intéressant… Est-il possible que tu demandes à Anne de changer les murs en glaces, tout en gardant la couleur blanche à l’extérieur ?

— Tu veux que tout l’intérieur se transforme en miroir ? ( il était sidéré. )

— Oui ! J’aime bien voir ce que je fais.

— Anne, intérieur, miroir dans sa totalité.

Elle obtint l’effet escompté. Leur silhouette se reflétait dans toutes les directions, donnant à l’ensemble l’esthétisme d’une maison close… Ce décor, style Las Vegas, pour milliardaire huileux et ventripotent, le révulsait, s’apercevant à peine que la main de Juliana n’était plus sur sa cuisse, mais sur son sexe… Il s’en foutait… C’en était trop pour lui :

— Juliana, on n’est pas ici pour se livrer un combat. Tu me plais beaucoup, mais je préfère qu’on en reste là… Si tu veux, je t’appelle un taxi. Bien entendu, je paierai la course, cela va de soi.

Les yeux glacés de Juliana devinrent plus chaleureux… étrange, d’autant plus étrange qu’elle venait de se faire jeter…

Elle lui sourit.

— Finissons quand même notre verre… Alors… à la tienne Jean ! >> Elle s’empara de sa tequila et lui tendit son bourbon… Il le prit, trinqua avec elle, et le but d’un trait. Il le trouva bizarre : un arrière-goût de parfum polluait son alcool préféré. Pendant qu’il déglutissait, essayant d’avaler un petit “quelque chose” qui avait beaucoup de mal à passer, Juliana lui demanda :

— Je préfère que tu me ramènes. Peux-tu mettre un peu de musique pendant que je sirote ma tequila tout en me préparant ?

Ce “petit quelque chose”, qui s’était dilué dans son bourbon comme un flocon de neige dans la mer, venait de se diluer dans la chaleur acide de son estomac, ne l’empêchant toutefois pas de parler :

— Bien sûr… Anne ! Lakmé, en sourdine.

Il écouta Lakmé en silence, observant la jeune femme qui semblait attendre un “petit quelque chose”… Oui, mais quoi ? Elle restait assise et ne donnait pas du tout l’impression de vouloir se préparer. Il continua à l’observer et ne put s’empêcher de repenser à son bourbon. Il se demandait pourquoi un 20 ans d’âge contenait un arrière-goût pareil. A tous les coups, il avait dû se faire arnaquer. De plus en plus exaspéré par cette histoire de bourbon, il voulut se lever pour vérifier la bouteille responsable d’un tel calvaire pour ses papilles gustatives, mais se ravisa aussitôt, car, sans qu’il ne sache pourquoi, ses jambes pesaient une tonne. Impossible d’utiliser ce moyen de locomotion, il était cloué sur son siège.

Juliana, qui ne cessait de le fixer, s’adressa à lui sur un ton en harmonie avec son expression : mimique mélancolique accrochée dans le temps :

— C’est français Lakmé… C’est joli comme opéra, la musique de “ Love Story ” je crois… Tu sais John, je t’aimais beaucoup. C’est pour cette raison que je t’aie gentiment harcelée. J’allais renverser ton verre, tu en as décidé autrement… Tu n’as pas su capter mes messages, alors je t’ai laissé le boire… Parce que comme la première fois, tu me chasses de ta vie, tu me laisses tomber, pour mieux me laisser seule. Mais cette fois est la dernière…

Interloqué, il tressaillit : les paroles de la jeune femme, qui avait soudainement cessé de l’appeler Jean, devinrent des coups absorbés par la pesanteur de son corps… Hallucination ou réalité, le visage de Juliana était exsangue, aspiré par des milliers de nuits blanches, et ses épaules, cassées dans une contorsion maladive du dos… Plus il l’observait, plus cette jeune femme si jolie quelques minutes auparavant, devenait rabougrie… Il avait entendu ce qu’elle lui avait dit… Son cerveau avait enregistré… C’était ses membres qui ne répondaient plus. Ses muscles se ramollissaient, ne pouvant plus assumer leurs fonctions…

En un ultime effort, il parvint à se lever pour mieux s’écrouler sur le sol : Juliana venait de le terrasser.

CHAPITRE 2

Jean était allongé dans une position bâtarde : à moitié chien de fusil, à moitié sur le ventre. Il ne pouvait plus bouger. Même cligner des paupières exigeait de lui un effort disproportionné. Paralysé, la tête sur le sol, seul son esprit fonctionnait, mais à vide, ne comprenant rien. Il essayait de parler : rien ne sortait, excepté des gémissements… Juliana, en revanche, semblait avoir des choses à lui “confier” :

— Oui, je t’aimais beaucoup. Tu as presque failli m’attendrir. Qu’est-ce que tu croyais ? Pouvoir me lever et me sauter comme ça, en claquant des doigts?! Non ! John ! Je ne suis pas une pute, ni une fille facile. Mais enfin, pour qui tu me prenais ? >> Son regard le perça.

— Pour un cliché d’un soir ? Une nana qu’on rencontre dans un bar, et qu’on épingle dans l’album-photos de sa mémoire. ( sa propre réflexion la fit sourire ) Tiens, c’est joli ce que je viens de dire. Et ça rime en plus… >> Elle se reprit aussitôt dans sa haine.

— C’est exactement ce qu’ils ont fait tes copains… Ils m’ont épinglée, ah ça, pour m’épingler, ils m’ont bien épinglée. D’abord la rencontre, ensuite le pot, ils se la jouent sympa, très sympa, et dès que j’ai le dos tourné, ils me font le coup du G-H-B 1 dans le verre. Un cas classique quoi ! Jean, on ne voit pas le mal partout… et tout le temps. Tes copains n’avaient pas du tout la tête de l’emploi. Bien au contraire, ils avaient l’air clean. Des hommes respectables… remplis de pognon. Comme toi ! Et leur timing était parfait. Ils ont proposé de me raccompagner chez moi avant que la drogue n’agisse… Et j’ai accepté comme une enfant, mais après, quand j’ai commencé à être défoncée, j’ai tout de suite compris… J’avais entendu parler du G-H-B, mais de là à en être la victime… >> Elle venait d’insister sur ce dernier mot : victime. Elle tournait autour de lui, le fixant. Cette ronde incessante était surdimensionnée par les panneaux transformés en glaces… Elle renoua avec son monologue :

— Ça ressemblerait presque à un film cette histoire, ou mieux encore, une mauvaise série télé, avec la musique de love story en prime, une très mauvaise série télé qu’on regarde entre deux rots de bière, sauf que c’est la réalité… La mienne… Et après, tu sais ce qu’ils ont fait de moi tes copains ? Tu sais ce qu’ils ont fait après m’avoir tirée sur la banquette arrière ? Ils m’ont jetée sur la plage… Et si une passante ne m’avait pas trouvée. Si elle n’avait pas appelé une ambulance… >> Elle s’interrompit pour lui hurler :

— Si ça se trouve, j’y serais morte sur cette putain de plage ! >> Elle se calma et reprit sa voix suave :

— Une vraie saloperie cette drogue. Elle paralyse. Elle rend flasque. Hein John ? Tu es flasque, liquéfié, de la vraie pâte à modeler en plein caniard. Tu te sens largué. Pitoyable Jean ! Toi qui croyais me posséder avec ta gaucherie et tes manières de collégien… >> Elle balança ses cheveux en arrière.

— Et tes copains dans tout ça ? Que leur est-il arrivé à tes copains ? Tes copains ! Introuvables ! Ce qui veut dire que ma plainte reste dans les tiroirs du commissariat… Alors je me suis dit que c’était à moi de la régler cette affaire, que c’était à moi de prendre enfin les choses en mains… C’est pour ça que je traînais dans ce bar, car c’est dans ce bar qu’on s’est rencontré toi et tes copains la première fois… Et tout ce que je peux te dire, c’est que dès que je t’ai vu, j’ai remercié Dieu… ou Satan. Tu me diras, c’est du pareil au même ces deux-là…

Elle changea subitement d’attitude, le regardant comme une petite-fille, avec ses yeux tristes et froids de poupée en porcelaine. Son assurance s’était évaporée.

— Quant à ce qui s’est passé après le viol, ça n’a plus d’importance. L’essentiel est ce qui se passe en ce moment. Et tes copains ne sont pas là pour t’aider. La dernière fois, lorsque vous étiez tous les trois, tu ne m’as même pas adressée la parole. Pourquoi ? Hein, pourquoi ? J’étais pas assez bien pour toi? Ensuite, tu m’as laissée seule avec eux…

Elle s’esclaffa et renifla une larme tout en reculant, sortant brusquement de son champ de vision. Elle y revint aussitôt par le jeu des miroirs… Les miroirs… les miroirs… Ils étaient partout les miroirs : les silhouettes de Juliana s’y étendaient à l’infini… Autant de silhouettes auxquelles Jean ne pouvait pas échapper. Elles se comptaient par milliards, des milliards de silhouettes qui se répercutaient dans sa cervelle comme une migraine en train de tisser sa toile. Pourtant, il n’avait qu’à fermer les paupières pour ne plus les voir toutes ces Juliana qui lui massacraient le crâne, mais il en était incapable, “captivé” par un spectacle qu’il désirait avant tout comprendre… Et Juliana était la seule à pouvoir lui fournir un début d’explication.

— Anne, cria-t-elle, Lakmé, plus fort… Anne plus fort ! Augmente le volume! Oh ! Tu m’entends ? ! >> Elle jeta son verre contre l’une des colonnes et lui dit entre deux sanglots :

— J’avais oublié, Anne n’écoute que toi, comme une épouse fidèle ou une fille obéissante. Au moins elle, tu sais tout le temps où elle est. Elle ne peut pas te tromper… Au fait, cette drogue, ils n’ont jamais réussi à la trouver dans mon sang. Elle est presque indécelable. Tu sais pourquoi ? >> Elle attendit quelques secondes, immobile et droite, bloquée dans l’instant, effrayée par quelques phrases apprises par cœur. Quelques phrases qui s’éjectèrent de sa bouche en un mélange de rage et de pleurs :

— Si cette drogue est indécelable, c’est parce qu’elle est naturellement fabriquée par notre organisme. Son nom véritable est l’acide gamma-hydroxybutyrique…

Elle se tut, face à l’insignifiance d’une formule qui résumait pourtant sa vie… Elle récupéra toutefois le fil de la “discussion ”, soufflant un air vicié par des années de souffrance :

— Et le dérivé que tu as absorbé est encore pire que l’original. Il est trois fois plus fort. Je sais pas quelle molécule ils ont ajoutée, mais cette “fille facile” là permet de rester beaucoup plus lucide que l’autre. Même à très forte dose. Et avant qu’on la retrouve dans ton sang, accroche-toi mon vieux… >> Elle pouffa et reprit un exposé qui se faisait de plus en plus précis, de plus en plus net :

— Mais le plus drôle dans cette histoire, c’est que lorsqu’on meurt, sa présence dans l’hémoglobine est due à la décomposition post-mortem. En gros, ça veut dire qu’un cadavre fabrique à l’état naturel du G-H-B dans le sang. Au fait, tu sais pas ? J’ai foutu une maxi dose dans ton verre. Ce que tu ressens maintenant n’est que le premier stade… Comme tu peux le constater, tu peux cligner des yeux, mais bientôt tu ne pourras même plus le faire. Tes paupières seront trop lourdes. Et ensuite, tu cesseras de respirer et ton cœur s’arrêtera de battre. Mais ton esprit restera limpide pendant toute ton agonie, parce que ce dérivé, même à forte dose, le permet… >> Elle caressa son épaule avec son gros orteil, et l’interpella d’une voix douce et limpide, plus aucun sanglot n’en émanait, plus aucune émotion ne la faisait trembler, excepté une ironie psychotique et glaciale.

— Jean… Toi le petit émigré français… qui a réussi à construire son paradis dans cet El Dorado… les Etats Unis… Et ben tu vois, ton paradis va devenir ta tombe.. Tu es en train de crever Jean… d’une overdose…

La mort : il venait de recevoir l’info. Et bien qu’il ait tout le temps de voir sa vie défiler sous ses yeux, aucune image n’apparaissait, juste un cri : “ Je vais crever ” Il frappait d’une manière lancinante son cortex, comme les reflets de Juliana qui allaient le tuer avant la drogue… Juliana… Juliana… Il lui giclait sa haine, son désespoir, son impuissance, mais ses hurlements ne faisaient que rebondir dans son cerveau, ne pouvant éclater en dehors de sa boîte crânienne, ne pouvant la toucher, la saisir, juste l’apostropher, l’apostropher intérieurement…

Jean, “pauvre” Jean qui, avant d’être terrassé par la “fille facile”, gambergeait comme un malade sur sa condition masculine à la recherche de tendresse, “pauvre” Jean, avec ses cheveux poivre et sel qui perfusaient dans son crâne d’homme trop seul des idées d’amour véritable, de compagne pour la vie, programme désuet pour un mâle occidental divorcé dans ce troisième millénaire où les repères explosent. Et maintenant, quinquagénaire ou pas, il était affalé sur un malentendu, sur une impossibilité totale de se justifier puisqu’il ne pouvait pas parler. Même s’il avait pu le faire, aurait-il pu la raisonner ? Que pouvait-il lui dire ? A la fois beaucoup et pas grand-chose…

Elle s’affairait devant son bar, le fixant, un sourire figé sur ses lèvres. Cette scène, projetée dans ses rétines, devint intolérable. Il ferma ses paupières, attendant le prochain acte. La scène disparut, pas le son : elle sifflotait faux et fort, couvrant la mélodie de Lakmé : dissonance voulue pour traumatiser ses oreilles… A cette torture acoustique vint se greffer des claquements. Un verre s’écrasait sur le plancher et dans son mal de tête : elle se préparait un rapido avec du Champagne et du Mescal : rien de tel pour s’éclater la cervelle avant de jouer avec ses parties génitales… Elle but le rapido et lui balança en rigolant :

— Je ne me souviens plus si je te l’ai dit Johnny chéri, mais cette drogue ne s’en prend qu’aux muscles, en aucun cas à ton cerveau qui est un organe, comme ton sexe. Beaucoup trop de gens croient que le pénis est un muscle. C’est faux, archi faux. Le pénis, c’est comme un tuyau d’arrosage qui se remplit de sang. T’en fais pas Johnny, je vais m’occuper de ton tuyau d’arrosage.

Qu’allait-elle lui faire ? Il n’y songeait même pas… Il n’était que confusion, que violence, il lui était devenu impossible de coller des mots sur ce qu’il ressentait, balbutiant ses pensées entre deux neurones compressés par la furie mais dans un corps inerte ; la dissociation entre sa matière cérébrale et le reste de son organisme étant telle, que son esprit était prêt à en s’en extraire pour mieux contempler sa chute, son impuissance, réalisant avec le recul de celui qui se voit d’en haut, que sa vie prenait fin dans des circonstances que lui-même qualifierait de comiques, si, bien entendu, il n’était pas l’acteur principal.

Et dans ce noir total, cette obscurité pseudo-sécurisante dans laquelle il s’était “réfugié” en posant un voile de peau brûlant sur ses pupilles dilatées, il sentit un parfum… Celui de Juliana, suivi presque instantanément par la caresse de sa chevelure sur son torse, il frissonna, ne sachant même plus s’il frissonnait de plaisir ou de rage. Les mains de la jeune femme le soulevèrent pour le mettre sur le dos…

Elle le déshabilla. Une fois nu, elle posa son sac sous sa nuque, afin qu’il ne perde pas une miette du spectacle qu’elle allait lui offrir : une fellation. Il ne put s’empêcher de rouvrir les yeux, s’écriant aussitôt dans sa tête, ses pensées étant devenues enfin claires : << Quelle horreur ! Elle est en train de me tuer, et elle veut me faire bander. Cette femme invente une nouvelle maladie mentale, là sous mes yeux, en direct… Et je suis son cobaye… En plus elle y arrive. Je suis en train de crever, et elle m’excite… Incroyable ! Même ma mort aura été un malentendu… >>

— Tu vois, quand on veut on peut. D’après toi John. Tes copains… M’ont-ils fait culminer ?

<< Ce ne sont pas mes copains pétasse ! >>

— Ai-je pris mon pied ? Hein, d’après toi ?

<< C’est incroyable, cette folle me parle tout en me suçant. Jusqu’où va-t-elle aller dans son délire ? Mon Dieu ! Pourquoi cette drogue n’agit-elle pas plus rapidement ? Qu’on en finisse une bonne fois pour toute ! >>— Ça y est… Je vais m’exécuter sur toi Jean… Il est comme il faut.

Comme il faut, son pénis était comme il faut. Et elle s’exécuta… montant sur cet engin tendu pour des raisons “incompréhensibles”, avec toute la fougue d’une femme dont le sexe avait toujours été synonyme de douleur… Douleur : seul élément stable dans une vie nourrie par la haine, sexe douleur et haine, comme un titre de série télé racoleur, oubliant le rock and roll, mais pas la drogue, mélangeant dans une crudité calculée, la “vraie” vie, la fiction et le bizness, sexe douleur et haine, cocktail équivoque égratignant la bienséance, comme un frisson réfléchi sur une planète où l’aspiration tend au bonheur, à l’amour, et, accessoirement à Dieu, mais qui s’abreuve avant tout de souffrance, et elle encore plus, car à ses yeux Dieu était avec Satan en train de jouer à la marelle, se tordant de rire devant l’insignifiance de sa vie, et son cocktail, sexe douleur et haine, ce cocktail qui avait détruit sa jeunesse son avenir et son âme, l’avait conduite ailleurs, dans des horizons où la distinction entre le bien et le mal n’est qu’une illusion, un mirage pour mieux massacrer ses rêves d’enfant : le meurtre… Le meurtre, aidée par un homme qui l’avait rejetée : Jean… Le rejet… Le rejet, toute sa vie n’avait été que rejet… Ce soir encore plus : Jean l’avait foutue à la porte de son paradis… Et elle l’avait tué. L’aurait-elle assassiné s’il l’avait acceptée sans se poser de questions ?

Toujours est-il, qu’en cet instant présent, et contre toutes “logiques”, elle prenait son pied. Sa soif ne pouvant plus être étanchée dans les normes, elle s’évoquait l’aspect éphémère de cette partie de jambes en l’air et se disait qu’il fallait recommencer. Ses copains allaient payer : comme lui, ils allaient crever. Plus elle y songeait, plus son orgasme montait, pour finir, proche de la tétanie, en une agonie convulsive. Jamais elle n’avait joui avec autant de violence et, bien sûr, elle en voulait encore plus. Allait-elle ressentir la même extase avec les autres ?

Maîtriser son environnement… Depuis l’instant où elle l’avait reconnu, elle avait créé et réalisé son scénario en temps réel… Et pourtant, attendrie par le comportement juvénile de Jean, elle avait failli reculer pour se laisser aller dans la douceur de sa demeure aux façades hypnotiques, et le désert, par sa force, lui avait procuré des frissons aigres-doux, semblables à ceux qu’elle éprouvait lorsqu’elle fredonnait, les yeux collés dans sa solitude, ses chansons de petite-fille. La nostalgie d’un vécu lointain et de ce vécu présent, l’avait presque fait chavirer dans un monde sans problème, loin, très loin de ses chaos émotionnels…

Epuisée, elle s’affala sur son corps inerte et ramolli. Sa gueule posée sur son torse, elle haletait, véritable lionne anéantie par sa propre frénésie. Sa tête était vide, comme les yeux de sa victime, ce qu’elle vit. Elle se rapprocha de son visage, très près, si près que son regard toucha le sien. Elle perçut un froid ambigu aux relents de souffrance, de vengeance, d’impuissance et de mort. Autant d’émotions dans un regard aussi fixe, la rendirent mal à l’aise. Elle s’en détourna, colla sa bouche contre son oreille, la mordilla et lui murmura :

— Je sais que ça t’a plu Jean. Tu as pu voir que moi aussi j’ai ressenti la même chose, et je dois te l’avouer, jamais d’une manière aussi forte. Tu as l’air si mort et pourtant encore plein de vie. Je ne t’oublierai jamais, toi qui m’as fait connaître la vraie passion.

Elle se cambra.

— C’est bien beau tout ça, mais faire l’amour excite mon appétit. J’ai une faim de loup. Tiens, au fait, j’espère que ton frigidaire est à la hauteur de tes finances… Bien garni…

Son frigidaire, son frigidaire, était-il bien garni ? Et sa tête, de quoi était-elle “garnie” ? : << J’ai vécu autant d’année pour en finir là, baisé et assassiné par une folle qui culpabilise… Je me suis fait avoir en beauté ! Elle se venge en fait, sur un type pris au hasard… Je paye pour les autres… Si son histoire ressemble à une mauvaise série télé, celle que je suis en train de vivre maintenant, c’est carrément un mauvais sketch. Oui, un très mauvais sketch… Tiens, à ce propos, si elle s’est bien fait violer avec du G-H-B, comment a-t-elle fait pour s’en souvenir, puisque ce produit rend amnésique ?

Alors que cette question raisonnait dans sa cervelle, il la vit revenir de la cuisine avec des toasts et une bouteille. Elle lui parla la bouche pleine :

— Foie gras, Champagne. On voit bien que t’es d’origine française. Tu te prives de rien. T’as raison mon chéri, la vie est si courte… >> Elle éclata de rire, matérialisant à elle seule de monstrueuses hilarités en série.

<< Incroyable ! Elle pétarade comme une poule génétiquement modifiée. Ho ! Mais elle s’étrangle ma parole. >>

Juliana but une rasade de Champagne au goulot et continua à toussoter tout en l’apostrophant :

— Ark, j’ai failli m’étouffer. J’aurais pu crever là, devant toi, sans que tu ne fasses rien. Mais qu’est-ce que je voie sur ce visage hagard ? Un rictus ?

Elle respira un grand coup afin de mieux cracher, mâchoires serrées, sa fureur entre les dents :

— Bon, OK, on va voir si tu vas continuer à sourire après ce que je t’aurai fait. Mon chef d’œuvre à moi, rien qu’à moi. Tu vas le sentir passer, ordure. Tu peux me croire ! Mais avant, je vais piquer une tête, nager me rend si calme.

Il préférait garder les yeux clos. “Se voir mourir”. Les miroirs le lui rappelaient sans cesse.

<< Que me réserve cette folle ? Elle me fait penser à mon ex : digne dans l’éthylisme, hautaine dans le juron. Cette Juliana est incroyable. Tout à l’heure, j’avais l’impression d’entendre une étudiante timide qui récite sa leçon, et maintenant, elle ressemble à une bourgeoise sûre d’elle qui ne jure que par le juron. Elle me fait vraiment penser à Jenny.

Mais mon ex n’a jamais donné dans le compulsif meurtrier… Je te regrette Jenny, tu ne peux pas savoir à quel point. Tout le monde enviait notre bonheur. Rien n’aurait pu nous faire dévier… rien… sauf la mort… Anne… Je l’ai vue naître, spectacle choquant. J’avais vidé toutes mes tripes. Elle avait dynamisé un mariage en béton. Trois humains pris dans la même spirale : celle qui conduit à la sérénité, au paradis terrestre. Cette sérénité, il m’a fallu du temps pour la retrouver, mais seul, dans un autre paradis, celui du silence, de l’essentiel, là où le superflu n’a aucune raison d’être. Le fanfaron illuminé que j’étais, est maintenant devenu un fou sur un échiquier à moitié ivre avec seulement les pièces fondamentales. Celles qu’il faut commander sans précipitation, avec génie. Car c’est bien de ça dont il s’agit, construire son bonheur, son paradis parmi les pourritures fétides qui traînent sur l’échiquier. Oui, mais quand on les bouffe, on expulse des renvois en forme de souvenirs qui vous foutent le moral en ébullition, mélange de joies, de tristesses, contradictions nécessaires pour avancer. Mais pour avancer vers quoi ? Le paradis ou l’enfer ? Finir sa vie à deux avec des enfants, mais sans fortune ? Ou finir sa vie seul avec ses regrets, mais rempli de pognon ? Même si la misère de la solitude est proportionnelle à la misère du compte en banque… C’est vrai, tellement de gens finissent divorcés et solitaires, sans argent et plein de dettes, mais avec des gosses. Ah ça, ils en ont des gosses, mais ils ne les voient presque plus. De toute façon, quoi qu’on fasse, ça déraille tout le temps… C’est ça la vie ! Son manichéisme n’est pas comme un chiche-kebab délicieusement gras, il est encore plus difficile à assimiler. Finalement, je n’ai pas à me plaindre. Je suis seul, mais là où j’ai toujours voulu vivre… sans être emmerdé par personne. Et surtout pas par Jenny et ses reproches… Ah oui ! Jenny qui n’a jamais cessé de me dire que j’étais avant tout marié avec ma solitude, que j’avais peur de l’amour, que j’étais si, que j’étais mi… Jenny, Jenny… notre fille… morte… fauchée par une voiture. Elle aurait vingt ans dans un mois. Ah ! Tu m’en as toujours voulu Jenny. Pourtant, je n’étais pas responsable. Je n’ai rien pu faire, à part l’amener aux urgences… Qu’est-ce qu’il me prend ? Je remue un passé qui a failli me tuer. Tiens, c’est idiot ce que je viens de dire… Je vais crever. Oui, je vais crever… Et je l’avais oublié… Bon ! Il faut que je m’arrête de gamberger, de m’énerver tout seul, et que je me laisse aller, pour ainsi mourir plus vite. >>

Ligoté par cette tragédie aux accents de films muets, il ne respirait presque plus, faisant le vide, écoutant la musique. Les voix célestes lui permettaient de voir l’univers sans sa vision rétinienne, prélude vers autre chose. Bercé par ces chants de femmes, des anges peut-être, et le flegme de ses pensées, il devint serein. La grandiloquence de son poème astral l’emportait loin, très loin, dans un endroit où le ridicule ne tue pas…

<< Quelle horreur ! Mais quelle horreur ! Cette nana est à la masse ! Tout ceci est un gag…Un très mauvais gag d’humoriste au rabais… Je vais me réveiller, c’est infernal, jusque dans la mort je deviens un bouffon. >>

Juliana venait de rouvrir les paupières de Jean, les refermer sur ce spectacle était impossible, il n’en avait plus la force. Il était saturé. Elle dépassait toutes les limites que son esprit pouvait supporter. Si son orgasme avait été une entorse à toute sa logique morale et sexuelle, l’objet de son ultime supplice stigmatisait à lui tout seul le grotesque. Les spasmes maniaco-dépressifs de Juliana l’épuisaient. Sa vue dans sa tenue grand-guignolesque représentait le bouquet final, la suite était superflue… restait une vague souffrance dans un coin reculé de son être, la souffrance de la dernière minute : l’orgueil : réminiscence de sa masculinité bafouée, sous la forme d’un cliché, celui d’une femme gangrenée par la haine avec toutefois un certain sens de l’humour. Elle n’était plus nue… Son sexe était caché par un autre sexe : un godemiché, insolente continuité de son besoin de vengeance.

Debout, devant lui, elle encourageait sa représentation du pouvoir, la masturbant tranquillement, comme si ce simulacre dérisoire avait encore besoin de durcir. Les lanières soutenant l’engin s’enfonçaient dans sa peau, expulsant par petits bourrelets une cellulite naissante. Malgré l’éloquent surréalisme de cette scène, il remarqua cet infime détail. Ces stupides bourrelets graisseux ajoutaient une pointe de comique à ce pitoyable édifice.

Une ultime respiration oxygéna son cerveau, dopant son organisme d’endorphine : l’hormone du bonheur, le Nirvana des héroïnomanes, l’antalgique des mourants…

Le jeu des miroirs était toujours aussi présent : cette vision kaléidoscopique de son agonie reflétait sa mort à l’infini…

Elle le mit sur le ventre et essaya ensuite de lui surélever l’arrière-train, mais il retombait à chaque fois. La pose qu’elle désirait lui faire prendre ne tenait pas. Elle n’insista pas, se contentant de cette position…

Avant d’agir, elle lui murmura une phrase dans l’oreille, sa voix était profonde… magnifique… sans aucune vulgarité :

— Dis moi John… Aurais-tu imaginé que nos liens se resserrent en prenant une apparence aussi masculine ?

Elle glissa sa main pour voir s’il était en érection. A son grand malheur, elle triturait un morceau de boudin mou à moitié tiède. Sa prothèse n’avait aucun effet sur lui, mais elle continua, enchevêtrant les saccades de son corps dans le dédale des glaces …

Elle essayait de se motiver, se flashant des fantasmes tous aussi débridés les uns que les autres… A moitié excitée, à moitié satisfaite, son mouvement ralentissait au rythme de ses pertes de sensations. Ses émotions étaient mitigées. L’extension phallique de son châtiment n’avait que symboliquement rempli son rôle. En fait, elle s’était acharnée sur un cadavre.

Vous venez de terminer le début d’une œuvre qui compte 250 pages… et qui fait partie d’une trilogie s’appelant : Karma de Loco…

Que vous soyez un professionnel de l’écrit ou non, la question est …..  ai-je envie de lire la suite ?

je suis désolé, mais cette suite ne sera lisible que dans le cadre d’une publication…

IMPORTANT : si j’ai mis ce début de roman sur le net, ce n’est pas pour obtenir des conquêtes féminines, bien que j’aime les femmes,  mais pour voir si mon travail plait ou non, et je n’attends qu’une seule chose, qu’il y ait plus de commentaires masculins…

merci de livrer à chaud ou à froid vos impressions…

Pour lire le second et le troisième volet de cette trilogie, : “L’improbable maladie”  et “Karma de Loco” Allez en  haut de page, en dessous de “entrées récentes”, vous verrez ces titres apparaître, cliquez dessus !

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