Sentiments anonymes

Sentiments anonymes !

Lorsqu’on est pauvre, on ne fait plus de cauchemar puisque sa vie en est devenue un. Et pourtant, les images qu’on a parfois dans la tête sont si belles…  On voit défiler autre chose que le mépris, on voit défiler autre chose, autre chose…

Des pauvres, des pauvres au boulot, des pauvres sans boulot, des millions de pauvres qui se mettent à rêver, car le bonheur n’a jamais été aussi prés, il est consommable, on peut le manger, on peut le chier, on « peut » lui faire l’amour, il est là, tous les jours, face à nous, il est là sans être là, le bonheur, à nous narguer, à nous nicker, anéanti par le parfum d’un paradis artificiel qui tue votre existence, alors qu’on n’est pas tellement différent des autres, aussi « riches » soient-ils, et quand cette  dignité à laquelle on s’accroche s’enfuit, sa seule richesse est sa vie intérieure, quand elle n’est pas obscurcie par un trop plein d’espoir ou un trop plein d’alcool, l’espoir ou l’alcool, les médicaments ou la prison, la prison, sociale ou bien concrète, car l’absence de toit et de soi, est une prison en soi…

Soi ! ! ! Lorsqu’on est pauvre, on sent de sales odeurs, et on s’aperçoit très vite qu’elles viennent de soi, qu’elles soient corporelles ou dans le crâne… Et après un certain âge, lorsqu’on  est pauvre, on a plus de chances de rencontrer la solitude, que l’amour, lorsqu’on est pauvre. Et dans ce cas, mieux vaut être con, car l’intelligence ou la lucidité, ouvrent les yeux, et, une fois ouverts en grand, après avoir constaté qu’on n’a rien, le regard qu’on pose sur l’individu qu’on est, passé dans le filtre chirurgical de l’anonymat, est glacial, parce que rien ne va changer, parce qu’on oublie jusqu’à l’existence même de la démocratie, parce qu’elle n’a aucune consistance, aucune réalité, qu’elle est devenue virtuelle, si loin du quotidien… Virtuelle, comme les images diffusées à la télé… Virtuelle, comme la destruction, celle qu’on a dans la tête, mais qui devient si réelle quand tout s’écroule à la vitesse de la chute libre, alors reste l’absence de foi qu’on éprouve à l’égard de soi…

Voilà ce qu’on ressent quand on est seul et pauvre. Je ne suis qu’un simple citoyen, même pas un réfugié, je n’appartiens à aucune communauté, à aucune partie politique, à aucune corporation, je suis juste un citoyen insignifiant qu’on a vidé et qui a échappé à la mort d’une détresse existentielle, pour en affronter une autre, plus lente, celle de la pauvreté au quotidien… Et pourtant, les images que j’ai dans la tête sont si belles… Je suis pauvre…

Et des pauvres en Europe, un continent soit disant riche, ça court les rues.

Quant aux pays pauvres ! NO COMMENT  …

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